jeudi 10 mai 2018

Hommage aux femmes : cinq ans de métro.

Bonjour à tous,
Aujourd'hui je vous promets de faire court mais très intense. Je tiens à rendre hommage au superbe bouquin de Fred Alpi qui vient de paraître aux éditions Libertalia en ce joli mois de mai 2018 : Cinq ans de métro.
toutes les infos en lien ici
Dégustez-le, offrez-le, relisez-le. C'est un petit bijou musical, littéraire qui nous pète un peu au visage quant à sa cruauté sociale.
Vous avez peut être croisé Fred à la Parole Errante, à la Comédia, au CICP bref c'est quelqu'un de bon goût. En plus d'être hyper sympa, de savoir super bien jouer de la musique, de chanter en rythme dans les manifs (croyez-moi c'est loin d' être évident), M Alpi écrit vraiment bien. Son style urbain est naturel, jamais vulgaire et terriblement humain.
Ça va vous paraître peut être surfait mais j'ai décidé lire cinq ans de métro uniquement lorsque j'étais (allez je vous laisse deviner) dans le métro !
17 chapitres pour 17 trajets (souvent la ligne 3 pour moi) où Fred nous raconte son histoire, sans jamais se prendre au sérieux avec beaucoup d'humilité et de sensibilité. Après avoir démissionné d'une boîte de comm ( et de cons ) , Fred décide de descendre dans le métro pour y interpréter les grands classiques de la chanson française afin de pouvoir continuer de payer son loyer rue Tiquetonne. Son récit autobiographique date du début des années 90 mais tout y est encore d'actualité.
La vie qu'il mène dans le métro apparaît comme révélateur du monde aérien qui nous entoure et qui nous asphyxie toutes et tous , surtout à Paris je pense. L'état d'urgence déjà instauré , une présence policière violente omniprésente (pour soit disant sécuriser les réseaux), les fachos en tous genres, la drogue, la prostitution
Beaucoup d' évènements relatés m'ont bouleversée.

Le premier est sans contexte sa rencontre avec Michel. Il a pris la peine de lui serrer la main, d'en apprendre un peu plus sur lui sans jamais mettre le lecteur mal à l' aise et sans condescendance aucune.
Car oui j' ai honte mais je suis déjà sortie d'un wagon pour échapper à la puanteur d'un sdf pour monter dans un autre wagon. Première rencontre déterminante avec Michel p.83 dont voici un court extrait :
«  Moi c'est Michel […..] J'ai l'impression q'les gens y'me voient même pas. Et ça fait longtemps que j'ai pas serré la main de quelqu'un.

- Ils ont peur, ou savent pas quoi dire ; Et puis, ils se parlent pas entre eux non plus, hein. Le métro c'est pas vraiment un endroit où on se fait facilement des copains. ».

La deuxième chose qui m'a énormément plu, c'est la dimension féministe de cette autobiographie.
kombini : vers une sensibilisation ?
Le manspreading, le harcèlement dans le métro ou au travail sont des formes de violences endémiques que nos politicards s'empressent de s'octroyer en créant des ministères en tous genres. Marlène Schiappa va te p***** toi qui intègre un gouvernement qui en ce moment même débat sur l'âge de non consentement en cas de viol (justice en carton bonjour) car non pour ma part il ne devrait jamais y avoir aucune limite d'âge en matière de viol.

Fred explique avec justesse et justice que les hommes sont violents (et l'ont toujours été) avec les femmes. Beaucoup insultent et se frottent aux gambettes des jeunes demoiselles tandis que lorsqu' une jambe poilue les effleurent, ils s'offusquent en prenant un air dégoûté. Fred a déjà arrêté de chanter dans le métro lorsqu'il assiste à ce genre de scène. C'est très loin d' être un exploit partagé, cela devrait être normal selon lui et selon moi.
Il a lui aussi été considéré comme un objet sexuel dans le métro et l'a très mal vécu. Alors qu'un homme lui fait des avances sexuelles insistantes, F.Alpi fait comme toutes les femmes qui se font emmerder dans le métro, Il détourne la tête en espérant que l'individu lui lâche la grappe, cesse de respirer et il regarde ses pieds en espérant que ce trou du fion descende avant lui. Cela fait bizarre de lire cela de la plume d'un homme... car il n'écrit pas cela pour se plaindre de sa condition d'homme malmené à occasion unique, il écrit cela en hommage-témoignage en expliquant qu'il ne sait pas comment les femmes font pour supporter cela quotidiennement et que c'est de son devoir d'agir.
Merci de prendre la mesure de l'enfer que nous vivons chaque jour dans le métro.
Merci d'avoir le courage de s'interposer, de parler de réagir et de ne pas nous laisser dans la m***. Comme dans tous les systèmes patriarcats, ce sont les femmes qui sont touchées en premier par ces violences. 
Grâce à ce bouquin, je ne regarderai plus jamais de la même façon cette vie souterraine à laquelle j'assiste impuissante depuis 10 ans et où je vois défiler toute la misère humaine. Un changement de regard, juste un bonjour un sourire. Et c'est clair que dès que j'entends du Brassens ou du Django dans le métro ou ailleurs je n'hésite pas une seconde à donner une petite pièce. Je ne me leurre pas. Quand je donne deux euros à un migrant ou un marginal, c'est surtout pour soulager ma culpabilité de ne rien faire pour eux.

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