Je ne sais pas vous mais en Janvier je commence toujours des nouvelles lectures. En ce moment j'ai mis ( un peu ) de côté les polars pour regarder des plus près certains titres jeunesse. Je ne peux pas chroniquer tous les titres lus que mais j'en ai sélectionnés trois qui m'ont particulièrement marquée, déboussolée et parfois même prise au dépourvue (sans la brise il fait trop froid).
Le premier titre Le soleil est pour toi m' a atterri dans les mains par hasard. J'ai l'habitude de lire ce que mes piou-pious ne vont pas lire spontanément. Et là tout était réuni : petits caractères, 500 pages en format poche et une couverture abstraite. La preuve:
Au début de l'ouvrage, on plonge dans le quotidien de Noah et Jude jumeaux californiens de 13 ans. Très proches mais très différents à la fois : Noa est solitaire, adore communiquer avec les cailloux et semble attirer par le nouveau voisin. Jude, elle, est une explosion de joie et de bonheur. Populaire, belle et intelligente, tout lui semble facile. Mais la vie ne reste pas longtemps un long fleuve tranquille. Au fur et à mesure des chapitres polyphoniques, Les rôles semblent s'inverser. Et c'est la tragédie familiale qui semble en être le vecteur. Beaucoup de thèmes sont abordés : la découverte de la sexualité, les choix de vie, le droit d'aimer, le deuil, l'art. Bref difficile d'en dire plus sans spoiler si ce n' est que Jandy Nelson nous transporte dans un univers quotidien bourré de sensibilité et d'émotion. A mettre dans toutes les mains des "grands" qui penseraient que l'enfance est synonyme d'insouciance. Vous essuierez sûrement une petite larme.....
Dans un style plus fantaisiste, le nouveau roman de Marie Pavlenko : Je suis ton soleil. Un volume épais qui se lit en .... deux heures sans s'endormir ! La couverture coquillette m'a beaucoup intriguée.
Déborah a 17 ans. Elle ressemble à nos ados, à nos élèves, à nos enfants. Elle a tout de même une particularité c'est qu' elle se réfugie dans les livres. Aussi quand son père quitte le foyer familial pour refaire sa vie, ce sont les misérables d' Hugo qui lui tiennent compagnie. Elle se retrouve, seule, confrontée à la tristesse de sa mère. Et c'est là que toute la subtilité de Pavlenko se fait ressentir. Au delà d'une bonne dose d'humour et d'autodérision ( sans pour autant tomber dans le cliché des ados boutonneux mal dans leur peaux ! ), Déborah pose aux lecteurs des questions déroutantes. Quelle est la place d'une ado de 17 ans. Consoler sa mère ? Sortir sans culpabiliser ? En vouloir à un père absent qui essaie de se rattraper ? Comment être concentrée en classe lorsqu'une multitude de questions fourmillent dans votre esprit ? Peut-on s'autoriser un premier amour quand tout va mal à la maison ? Vous comprendrez aux dernières pages du titre pourquoi " Je suis ton soleil" est un hymne à la vie. Il est beaucoup plus difficile d'accepter ses faiblesses que de faire l'autruche et de continuer à vivre toute sa vie dans des névroses sclérosantes !
Allez un petit dernier qui commence à symboliser ENFIN la diversité des genres en littérature de jeunesse. Un petit bijou tant littéraire que sociétale.
Reagan a un lourd secret à porter. Son frère Liam chéri, beau comme un apollon et populaire à en faire baver le chef de l'équipe de baseball ne rêve que d'une chose : devenir une femme. Cette question délicate de la transsexualité et de la transition chez les adolescents est ici abordée sans tabou ni détour.
Il était temps que les auteurs de jeunesse aborde enfin la question du genre. Liam est en réalité Luna et on assiste avec tendresse mais aussi douleur à ses premiers essayages de sous-vêtements, moquée par les vendeuses qui se rendent compte que cet excentrique ressemble davantage à un homme.
Un gros big up à la figure paternelle. Il est totalement paumé. Il veut aller à la salle de muscu avec son fils, partager des "moments" entre hommes. Il se plante lamentablement alors qu'il est persuadé que son fils refuse ce genre d'activités car il est homosexuel. Ce roman poignant est un vrai OVLNI : objet volant littéraire non identifié. Il permet de mieux comprendre cette réalité quasiment tabou de l' acceptation de soi qui vient bâcher les diktats de la société et les attendus parentaux.
3 romans coup de poing, pas gnan-gnan, pas clichés, un peu bruts de décoffrage et ultra humains dans ses plus belles contradictions.
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lundi 29 janvier 2018
jeudi 9 juin 2016
Je suis ton ombre.
Ayant décidé de reprendre mes chroniques littéraires ( depuis aujourd'hui je vous rassure vous n'avez rien raté ), je vous présente un ouvrage comme je les aime. Totalement inconnu au bataillon, libre de toutes cautions gallimardesques, bien loin du masque de de la plume ( dans le c*** = ciel ).
Donc ce gros bouquin s'intitule : Je suis ton ombre, Morgane, Caussarieu, Les éditions Mnémos, 2014.
- Dégotage : comme j'adore me fier à mon instinct, je prends très souvent des bouquins au hasard et surtout pas ceux qui reçoivent des prix quelconques. Ce copinage mutuel a tendance à m'exaspérer. Vous reprendrez bien un peu de Mathias Enard non ? ??
Bref, la veille d'un départ en train, je me rends dans ma bibliothèque préférée ( celle avec un solarium ) avec mon sac de courses sur les épaules et un mal de pied incroyable ( si vous aussi vous continuez d'acheter des chaussures qui vous plaisent mais qui ne sont pas adaptées à la morphologie épaisse de votre ossature pédestre ). Donc en gros j' ai 15 minutes et là avant de foncer au rayon polar, je regarde la table des nouveautés.
C'est surtout la couv qui m'a plu mais aussi le petit encart sur Morgane Caussarieu :
" de la tristesse des campagnes landaises dont elle est originaire à la moiteur des bayous, l'auteur met en miroir l'horreur des enfances perverties....."
- mini résumé
Dans les confins d'un village paumé loin de la grand' ville, Poil de Carotte est un ado qui vit seul avec son père handicapé. On sent depuis le départ qu'il a subi de gros traumas ; c'est lui qui gère seul la ferme laissée à l'abandon. Le lecteur va être immergé dans ce monde cruel celui de l'adolescence. Là où Morgane le fée à la perfection ( ok je sors ), c'est l' imbrication des univers tantôt ultra réaliste à la Zola, tantôt surréaliste.Ce roman est dans sa forme et dans son fond totalement schizophrène. Par une mise en abyme très habile, notre anti-héros va s'enfoncer dans un monde humide, angoissant, aux frontières de l'horreur pour partir dans une quête identitaire. Poil de Carotte est prêt à tout pour trouver une place au sein de son groupe, se sentir regardé, voir désiré.
On alterne ainsi entre la déréliction des Landes ( prononcez le n ) et la folie quasi bouffonne d' un monde ( pas si ) imaginaire où se côtoient grands seigneurs, vampires, prostitué(e)s et esclaves.
- mon avis
Très dérangeant mais très novateur. Pour une fois, un conte écrit par une femme qui utilise la narration interne d'un jeune garçon. La mère est une figure de déperdition totale qui est bien éloignée des figures maternelles rassurantes des ouvrages pour la jeunesse.
Il faut avoir le cœur bien accroché. Viol, pédophilie, deuils prématurés, cadavres animaliers : tous les ingrédients de cet OLNI ( objet littéraire non identifié ) maintiennent le lecteur dans une attente quasi malsaine. La chute du roman a dépassé mes espérances bien qu' elle me paraisse un peu trop fantastique à mon goût.
Peut-être le fait d'avoir vécu dans le sud-ouest m'a permis d'accéder à des sensations particulières
( l'odeur des pins, le bruit du sable, la découverte de bunker dans les dunes ) propres à la localisation de l'action.
- feuilletage
"J'entends la chose qui se relève.
Un souffle glacé dans mon cou. Une respiration lourde, pénible, à mon oreille. Ma vessie va lâcher.
Te pisse pas dessus...T'es plus un gosse maintenant, te pisse pas dessus.
La chose s'éloigne.
J'écoute ses pas.Tap, tap, tap. Des pas d'enfant.La même présence que j' avais sentie dans la ferme brûlée.
"Gabriel ?"
Pas de réponse.
Je peux pas me retourner, pétrifié.
J'arrive quand même à porter ma main droite à ma bouche. D'un coup je mords ma paume de toutes mes forces et la chair s'ouvre facile, libérant un peu de sang que j'avale.ça marche : le goût ferreux et la brûlure lancinante me ramènent vers le réél. "
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