Affichage des articles dont le libellé est femme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est femme. Afficher tous les articles

dimanche 8 avril 2018

Ceija Stojka à la Maison Rouge.

C'est un jeudi après-midi pluvieux. Il est 14h40 et aujourd'hui c'est décidé je m'enfuis du collège.
- " Bah dis donc Georgette ! tu rentres déjà ? tu restes pas pour le conseil péda ?
- Bah non tu vois je suis une feignasse qui sort à la fin de sa dernière heure de cours comme tous profs qui se respectent. D'ailleurs moi je te demande des comptes sur ton p**** d'emploi du temps d'agrégé !!!"
Bien évidemment je n'ai pas répondu ça. ça ressemblait plutôt à 
" à demain ! bonne soirée je vais me faire une expo " .... dont on m'a parlé comme toute petite bobo gauchiste prof et privilégiée par son statut de fonctionnaire très souvent gréviste 
( qui plus est provinciale bouh les parisiens disent que nous sommes les pires ! ) Bref en allant à la Maison Rouge je ne savais pas à quoi m'attendre juste que ça risquait de me retourner les tripes. J' ai eu la chance de me greffer à une visite guidée par l'exceptionnelle médiatrice que je tiens à remercier Elora Weil-Engerer. Elle a sublimé cette exposition hors du commun.

Fait remarquable, parmi les visiteurs il n'y avait  que des femmes. Le vigile en riant  me dit  : " C'est vrai vous avez raison  il n' y a  presque que des femmes qui viennent admirer le travail de Ceija( prononcez Chaya ). Et puis c'est surtout à cause de la deuxième expo sur les poupées ! "

Le cadre est posé. Un historique sur les racines roms des roms et des tziganes nous accueillent. On en a tous bien besoin de s'intéresser à eux enfin, à leur histoire, leur culture, leur manière de vivre.
Les peintures de style naïf de Ceija Stojka sont époustouflantes de réalisme et de cruauté. 

 Cette combattante née à Vienne en 1933 fut déportée à 10 ans avec toute sa famille. Loin des livres d'histoire, le destin de ce génocide oublié : celui des roms et des tziganes. Ce traumatisme de la déportation, Ceija en est ressortie miraculeusement vivante non pas une ni deux mais trois fois. Regardez bien le symbole nazi dans les veine de la cornée de cet oeil ( de Moscou ?) ou encore ce tatouage ignoble Z comme Zigeuner, tzigane en allemand que Ceija porte sur le bras gauche. Sans parler des corbeaux grouillant dans le ciel tel des insectes  qui sont les seuls êtres vivants venant  contrecarrer la pureté de ce ciel bleu.

En 1945, 90 % de la population rom a été exterminée. Le statut de génocide fut reconnu très tard 
( trop tard ) car pendant un demi siècle, on considérait encore les roms comme des criminels et non pas comme des êtres humains.

Ce n'est qu' à l'âge de 55 ans, que Ceija sort du silence. Tel un jet d'immondices qui débordent d'une poubelle, elle peint, dessine, écrit. De gros aplats de couleurs vives, des paillettes, des perles et du sable multicolore viennent accrocher notre regard.  Des roulottes ?  oui mais là encore. Prenons de la distance avec nos préjugés. Comme l' explique notre guide, il y a très peu de roms itinérants. Ceija fait exception car sa famille vendait des chevaux. Ils étaient donc au 3/4 de l' année sur les routes.
Les cieux dépeints par l'artiste sont toujours lumineux, envoutants. Ils viennent se frotter aux motifs parfois naïfs, quasi enfantins des souvenirs traumatiques de l'artiste. J'apprends ainsi que dans la culture rom, on ne parle pas des morts ni des deuils. Le silence est d'or, on ne se recueille pas sur les tombes mais le recueillement se fait par les chants et le port de couleurs vives. Ce qui pourrait expliquer que le témoignage de Ceija ait agi comme une véritable bombe à retardement. Elle qui s'est réchauffée sous des cadavres en putréfaction, certaines de ces œuvres font encore aujourd'hui polémiques. Ce petit train sorti de son imaginaire semble constituer l'illustration un conte de fée malgré la bannière nazie. Ceija a 10 ans lorsqu'elle est déportée pour la première fois et l' on pense aujourd'hui que c'est de manière totalement volontaire qu'elle a adopté ce style onirique qui multiplie par 100 le sentiment de malaise lorsque l'on se tient face à la toile.

Regardez ces tournesols. Van-Gogh peut aller se rhabiller. !
Les dessins en noir et blanc sont à couper le souffle et se passent de commentaires. à vous de juger


regardez bien la brindille : ode à la vie
 à la fin de l'exposition, un petit autel  avec une vierge est présent. Moi qui suis plutôt athée j'ai ressenti une forte émotion à la vue de ce symbole.

 Ce n'est pas un cliché, les populations roms sont extrêmement croyantes. Si Ceija a survécu c'est grâce à deux choses selon elle : 
- sa foi en la vierge 
- la sève du petit bout de bois ( récupéré en cachette ) qu'elle a avalée. 
Cette petite brindille de rien du tout lui a sauvé la vie en l'empêchant de mourir de faim. Regardez bien en bas à droite de chaque tableau , on retrouve cette brindille qui souligne délicatement sa signature. Ceija peignait à mains nues, sur la table de sa cuisine. 
Elle qui n' avait jamais mis un pied dans un musée, elle a toute sa place à la Maison Rouge et on l'espère pour elle au Paradis Blanc auquel elle a tant cru. 
Vous avez jusqu'au 20 mai pour vous faire votre propre opinion.

lundi 26 mars 2018

Hommage aux femme japonaises

Vous partez bientôt au Japon ou vous rêvez de le faire ? Qu'importe. Courez chez votre libraire pour vous procurer cette pépite écrite par Julie Otsuka, Certaines n'avaient jamais vu la mer, publiée chez 10/18.
Un roman incisif quasi incantatoire d'une beauté profonde et écrit d'une plume de velours avec une pointe en acier trempé ! 

Julie  Otsuka nous raconte le calvaire traversé par les émigrées nippones au XXème siècle, dans l'entre-deux-guerres, qui vinrent s'installer en Californie. Ces héroïnes anonymes embarquent dans les cales d'immenses navires avec au tour du cou, un médaillon qui renferme la photographie de leurs futurs maris, des compatriotes déjà installés aux États-Unis. La transaction se décide via une marieuse .  Ces jeunes femmes sont fières d'avoir accompli leur devoir en échange d'une somme d'argent que l'on peut  imaginer assez modeste.
Le premier chapitre s'ouvre sur un guide de bienvenue " Bienvenue mesdemoiselles japonaises". Une tension est palpable : toutes sont vierges et aucune n'a vécu loin de sa famille, certaines combattent la fièvre, d'autres délirent enivrées par leurs propres odeurs d'excréments.
 Pourtant elles tiennent bon. Elles ont envie de croire à une vie meilleure. Les conseils des mères raisonnent dans chaque tête " sois présente mais ne te fais pas remarquer", 
" obéis à ton mari", "les femmes sont faibles mais les mères sont fortes". Chacune des futures mariées a soigneusement plié dans son sac de toile: un kimono de soie blanche pour le jour des noces, des bâtons de calligraphie et un petit bouddha pour vénérer les dieux. Pour tromper la peur et l'ennui des 4 quatre semaines de traversée, Otsuka se fait l'écho des questions qui assaillent les jeunes filles.
Il paraît que les américains rentrent avec leurs chaussures ? 
Il paraît que les jonquilles tapissent le fond des jardins ? 
Mon mari est banquier ! Nous allons avoir une piscine ! 

Dans les chapitres suivants c'est littéralement la descente aux enfers. La première nuit sera synonyme de violence sexuelle " mon vagin a failli éclater". 
La plume d'Otsuka oscille entre la délicatesse des mœurs et coutumes de ces jeunes femmes naïves pour la plupart et l' horreur et la cruauté des hommes blancs et de leurs maris, eux mêmes devenus esclaves de cette ( soit-disant ) terre d'accueil.  
Le récit est  très court.  Otsuka réussit à trouver le juste mot pour décrire la famine, l'esclavage, les viols quotidiens des maris, le travail harassant dans les champs, l' exploitation agricole et sexuelle, la misère des enfants nés dans les champs que l' on nourrit difficilement entre deux récoltes. 
C'est la première fois que je lis un roman écrit à la première personne du pluriel. Ce Nous, ce sont ces femmes  à la fois fragiles, trompées mais en même temps ce  Nous est à la fois puissant et organique, tel le roseau qui ploie mais qui ne cède pas.
Le destin de ces milliers de femmes n'apparaît nul part dans les livres d'histoire. Ces femmes ont subi une double peine : la dictature de l'homme blanc américain qui exploitait leurs maris ( et donc elles aussi ) mais aussi le patriarcat qui régnait en maître dans les familles constituées par ces mariages forcés. Une organisation patriarcale que l' on retrouvait bien évidemment dans de nombreux pays européens. 
En voici une claire description :
Les femmes mangent après les hommes,  n'ont pas le droit de se coucher avant leurs maris et n'ont pas le droit de dormir dans leurs lits. Alors oui les sushis, rue st Anne, les fleurs de cerisier et les kimonos c'est super chouette mais connaître la sombre histoire qu'un pays a traversée, surtout lorsqu' elle est oubliée c'est encore mieux. Ces femmes ont aussi subi le regard souvent gêné de leurs propres enfants : " maman ! arrête de t'incliner ! " " maman, j' en ai marre de manger du riz et du miso : je préfère du ketchup et des pâtes". Comment alors trouver un sens à sa vie lorsque le pays qui aurait dû nous accueillir bafoue une culture ancestrale, celle du thé, du pliage et de la calligraphie ?



Lorsque le Japon déclara la guerre aux États-Unis, les immigrés japonais furent internés dans des camps. Nous ne savons pas ce que sont devenues ces familles. Mais le dernier chapitre est écrit du point de vue  des américains qui ont vécu avec eux. Les voisins, les amis, et même les camardes de classes. Ils se questionnent, s'inquiètent au début puis commencent à s'en vouloir. Peu à peu les souvenirs disparaissent et bientôt il n'y a déjà plus aucune traces de ces japonais en Californie. 
Comment s' appelaient - ils déjà ? .....

lundi 5 mars 2018

faiminisme : à corps et à ( le ) cri

Aujourd'hui deux chroniques qui n'ont en commun que le lieu de leur acquisition ! 

Juste avant une répé je m' arrête dans cette super librairie La Manœuvre pour acheter un polar dont j' ai beaucoup entendu parlé : Le cri.
Je sais que cette librairie a un rayon sur le genre / la sociologie et le féminisme assez bien achalandé.
Je craque et dépense 14 € supplémentaire au budget initialement prévu pour lire : 
Faiminisme: quand le sexisme passe à table de Nora Bouazzouni.
La couverture bien sûr me saute aux yeux mais l'auteure reste pour moi inconnue au bataillon. Je demande à la libraire : " Vous l'avez-lu ?". Elle me répond " non, mais c'est mon dernier je vais devoir le recommander.". Bon c'est parti. L'ouvrage est tout d'abord facile à lire mais un peu trop concis et surtout truffé de références indiquées par des petites *. Je ne dévoilerai pas le nom de tous les chapitres mais celui du chapitre 3 est réussi : "Patriarchie parmentier".
Il y a plusieurs idées que j' ai relevées tout au long de ma lecture qui m'ont interpellée. Des idées auxquelles j'avais plus ou moins songé mais sans pour autant me les expliquer. La lecture de cet ouvrage m'a permis une véritable prise de conscience mais pas aussi énorme que celle procurée par la lecture de Beauté fatale de Mona Chollet ( qui n'est cité qu'une seule fois !!!).
- les petites filles comprennent très tôt que pour avoir une chance de se marier elles doivent être minces. ( même si ça m’écœure c'est peut être vrai ). Elles doivent occuper le moins de place possible contrairement à votre voisin de métro ou de bus qui écarte allégrement les cuisses en lisant l'équipe ( oui oui je sais ça aussi c'est un cliché mais sachez que l' Equipe est LE quotidien le plus lu en France avec un électorat majoritairement masculin).
- les mamans, les grands-mères et leurs alter egos masculins servent plus de nourriture dans les assiettes des petits garçons que dans celles des petites filles. Je me rends compte que j'ai tendance à moins me servir que mon mec alors que j' ai tout le temps plus faim que lui.
- les femmes qui allaitent le font  plus longtemps pour leur garçons que pour leur filles. Et quand notre paroi utérine se retire sans qu'aucun spermatozoïde ne soit venu féconder un de nos ovules, nos mamans nous donnent de la viande de cheval, des lasagnes et du boudin car nous sommes " carencées"( à croire que Poppeye à défaut d'être féministe était avant-gardiste avec sa boîte en fer d'épinard ).
- Ce sont les femmes qui cuisinent les repas du quotidien mais ce sont les hommes qui détiennent la force agricole. Notons toutefois que la situation s'est améliorée puisque 37 % des salariés agricoles en France en 2016 sont des femmes mais leur surface agricole restent inférieures à celles de leurs homologues masculins.
( je n' avais JAMAIS songé à cela). Les inégalités se retrouvent bien à toutes les fourchettes.
- Un chapitre est également dédié aux cheffes étoilées. Nombreuses sont celles qui déplorent le message véhiculé par les critiques gastronomiques ( rédigées pour la plupart par des hommes) en parlant de la cuisine féminine comme "légère, diététique et  audacieuse" ou encore en parlant d'Anne-Sophie Pic ( 1*) : " on salue la simplicité toute féminine de sa cuisine". No comment car le guide Michelin ( le gros gaillard en forme de pneu ) ou le G&M n'évoquent jamais la cuisine masculine grasse et carnivore ! 
- J' ai beaucoup apprécié le dernier chapitre qui concerne le lien  entre le féminisme et le choix d'une alimentation végé ou carnée. Pendant longtemps, manger des graines était synonyme de """régime de bonne femme"""( je cite). Aujourd'hui, manger de la viande de bonne qualité est considéré comme un privilège, celui de l'homme sur l' animal et celui du riche sur le pauvre. Je ne vois pas pourquoi on irait genrer un choix de régime alimentaire.
Pour résumer, je souligne que ce premier ouvrage de Nora Bouazzouni est fichtrement bien documenté. J'aurais aimé qu'elle ail(le) un peu plus loin dans les liens entre féminisme et végétarisme ou encore entre le diktat de la minceur et la grossophobie qui n'est pas encore assez évoqué à mon goût.

Pour aller plus loin, le délicieux ouvrage de Gabrielle Dardier 
( éditions gouttes d'or ) :  On ne naît pas grosse.

 
 Et votre future bible de chevet si ce n' était pas déjà le cas :











J' allais presque oublier la seconde lecture dont je voulais vous parler.
Le cri de Nicolas Beuglet ( premier roman).
C'est un polar qui débute bien très bien ( trop bien même).
Sarah  Geringën est une  flic torturée  qui vient de se faire quitter après de nombreux essais infructueux pour tomber enceinte. Le soir de sa rupture, elle est invitée à se rendre en urgence dans un hôpital psychiatrique isolé. Un patient y a été retrouvé mort dans des circonstances étranges. Ce patient surnommé " 488", chiffre qu'il portait en cicatrice sur son front. Ce qu'il y a d'étrange à l' arrivée de Sarah c'est que les témoignages des infirmiers ne concordent pas et que l' administration hospitalière  ne sait rien de ce patient. Lorsque le légiste trouve la cause physiologique de la mort du " patient 488", l'enquête débute. 
J' ai été extrêmement déçue même si jusqu' à la page 250 j' ai été vraiment happée par l'intrigue. Puis tout bouscule car l'auteur quitte le thriller psy pour s'aventurer vers le genre d'espionnage scientifique et historique. 

à vous de jugez ! 



lundi 12 février 2018

Pendant ce temps, Simone veille ..... mais pas au grain !

Hier soir, j'ai eu la chance de pouvoir aller au théâtre gratos. Un copain que je ne citerai pas ici mais que beaucoup d'entre vous reconnaîtrons bosse à la comédie Bastille et nous offre 4 places.
 Rassurez-vous : pas une pièce qui dure des heures où l' on s'endort presque confortablement, les genoux cognant contre la banquette de devant  en velours défoncée. Je ne m'attendais à rien si ce n'est le titre : Pendant ce temps Simone veille.
 Je me dis chouette, on va parler de féminisme, de philo, des hommes, de la vie quoi ! Et bien je dois vous dire que je n'ai pas été déçu du voyage. Enfin si ! Enfin je m'explique.
Imaginez un scénario plutôt bien ficelé. 3 destins de femmes à quatre époques différentes. 
Les années 50 puis 70 puis 90 et enfin 2010. Chacune des actrices va jouer sur un axe diachronique une figure maternelle de sa propre lignée de l' arrière grand-mère à la jeune femme indépendante ( ou pas ) de nos jours. Une jeune mère des années 50, une des années 70 ( mère et fille donc ) et ainsi de suite sur 4 générations.
Commençons par le positif car il y en a tout de même eu un peu. J'ai beaucoup aimé ce lien transgénérationnel. Qu'auraient pensé nos grand-mères de notre divorce , notre IVG, notre pouvoir de séduction ? Quelle est la différence entre se faire refaire les seins et choisir une nouvelle robe pour plaire à son mari ? Sauf que cette dernière phrase vient de moi et ce n' est pas du tout le parti pris de la pièce. " ( citation où j'exagère à peine : Oulala tu ne vas pas te refaire faire les seins tu dois assumer tes petits seins et apprendre à te mettre en valeur pour séduire !!!)  Mais je vais encore continuer sur quelques lignes sur le côté + . Un quatrième personnage, en mode speakerine intemporelle va permettre de faire de petites apparitions historiques : 
- le droit de vote pour les femmes
-la dépénalisation de l'IVG
-le droit de divorcer avec consentement mutuel, de porter un pantalon ( 2008 ! aux chiottes Napoléon). J'avoue j'ai la flemme de regarder les dates sur wikipedia.

Mais quand même j'ai été choquée de voir qu'une jeune scénariste prolifère encore l'amalgame = PORTER UN VOILE = SOUMMISSION . 
On peut être féministe et musulmane. on peut vivre dans une cité et ne pas se faire violer dans une cave. Comme le rappelle je ne sais plus laquelle une étude de L' INSEE, 95 % des viols que subissent les femmes sont menés par des hommes  connus de leur entourage toutes classes sociales confondues ( Oh mari es-tu là ? ).
 Et le must du pompom étaient les mini-comédies musicales sur le " TCHADOR t'es mon amour mon trésor" . Là j'avoue j' ai failli quitter la pièce. Pas un mot sur #meetoo ni sur des solutions concrètes pour militer au quotidien . Car oui c'est bien cela le problème dans cette pièce : de gros clichés qui font rire tout le monde. La femme moderne assume son côté putain ( putophobie en veux-tu en voilà à gogo mais sans les danseuses ) et cherche un homme qui descende les poubelles et bande comme un taureau.
Bref, une pièce limite qui manque  de profondeur et de réflexion à mon sens. 
Contrairement à ce qui est revendiqué une femme peut être libre ET porter le voile, comme de se faire refaire les seins. Libère toi des diktats du patriarcat ( ça oui ! ),aimons-nous les unes les autres  mais aucune mixité religieuse ou ethnique n'est représentée sans parler de la grossophobie omniprésente. Elles sont toutes les 3 blanches, il y en a une qui est homo en 2010 ( whaouuuu l' évolution ! ) et elles sont toutes carriéristes. Il y a une dernière chose qui m' énerve dans ce féministe superficiel et donc qui se veut consensuel. 
Une femme épanouie est une femme seule avec ou sans enfant avec un bon amant. Mais bordel. Que fait-on des ces couples trans, bi, libertins, homo, hétéro et tous ceux qui ont envie d'avoir des gamins? Moi je les respecte et je leur tire mon chapeau car je n'ai pas eu encore ce courage. On peut être féministe et vouloir ne pas travailler et/ ou vouloir  faire des tartes au pommes avec ses enfants sans pour autant être une femme au foyer soumise et sans volonté
Et j' ai compris hier soir que s'il y a bien un mot qui ne fait pas consensus c'est bien celui de féminisme. Et comme je suis nulle en citation je reprends juste l'idée de notre" burqua de chair" de Nancy Huston, cette burqua que  la femme européenne que je représente porte malgré elle pour survivre dans cette société de wonderwoman indépendante. NH   tend grâce à cette expression  à contrebalancer cet islamophobie ambiant qui vient pourrir nos sociétés depuis déjà des lustres

Et comme je ne veux pas que vous dépensiez un centime pour aller voir cette pièce je vous propose d'aller emprunter deux ouvrages à la bibli ( pas amazon(e) s'il vous plaît mouhahahah ).

Un roman de Michael Cunningham qui conte  24 heures dans la vie de 3 femmes aux destins, chronologies et lieux de vie différents. Le fil directeur est 'Mrs Dalloway', le roman phare de Virginia Woolf, et ses vingt-quatre heures dans la vie d'une femme. On suit donc les trajectoires de ces trois femmes en parallèle sous une plume toute woolfienne : C'est à New York, en cette fin de XXè siècle puis à Londres, en 1923 pour terminer à Los Angeles, en 1949. Clarissa est éditrice, Virginia écrivain et Laura, mère au foyer. Les dernières pages révèleront ce qui les unit.

Pour ceux que le sujet titille je recommande l'excellent ouvrage un peu délicat à lire mais qui dépoussière les idées reçues mieux que Monsieur propre à la javel : je nomme l'excellentissime
Féminismes et islamiques de Zahra Ali

Bonne reprise à tous !  et Bonzaï

vendredi 13 octobre 2017

La différence invisible ou une jolie fleur dans une peau de ....

Cette brève chronique signe bien le retour de la plume clavier endiablée de RougeGeorgette (mais pour le clavecin on reviendra). En pleine psychose pause, j'ai envie de dévorer la vie à pleine dent, avec des bouquins et des ballons de rouge dans lequel les tanins grumeleux râpent la langue. Pas très originale me direz-vous ? En effet ! Fichtre. Amateurs de chroniques littéraires chiadées qui traquent le web underground pas peur d'être taxés de bobos de merde, passez votre chemin (d'ailleurs on est tous le bobo de quelqu'un non ?) !  Je décide de vous parler ce soir d'un lecture totalement découverte par hasard grâce au défi babélio que j'organise dans mon collège avec mes pious-pious. Il s'agit de la différence invisble, aux éditions Delcourt/mirages. Les textes sont de Julie Dachez et mis en bulles par Mademoiselle Caroline.

Résultat de recherche d'images pour "la différence invisible" Malgré la publicité faîte autour de cette bd sur le syndrome Aspeger, qui tient son nom du psychiatre autrichien qui a réussi à isoler les caractéristiques de 4 garçons étiquetés à cette époque (1944)  "psychopathes autistiques"; j' ai découvert avec bonheur et simplicité cet ouvrage. Il est à la fois très complet, subtil avec plusieurs niveaux de lectures.
 Nous suivons les aventures de Marguerite, jeune cadre dans une entreprise mais qui préfère ses chats aux cancans de la cantine et de ses collègues. Mademoiselle Caroline joue d'un trait enfantin pour dessiner avec précision et netteté l'environnement urbain et cacophonique de notre jolie fleur. Hypersensible et émotive notre Marguerite,  Brassens se retournerait dans sa tombe car Marguerite est sans filtre : elle refuse les invitations de ses collègues pour boire un café, pense tout haut ce qu'on penserait tout bas (ce pull a vraiment une couleur à chier #caca doigt), est incapable d' avoir accès au sens  caché d'une expression idiomatique " Il pleut comme vache qui pisse". Des petites touches de couleurs hypersensibles libèrent l'expression des personnages secondaires, bourrés de préjugés et de bonnes morales bien mal pensées. La meilleure "Mais tu vas guérir, il y a des médicaments" ou alors (paroles de généralistes) : "mais enfin tu me réponds en me regardant dans les yeux tu ne peux pas être autiste !". Et non ce n'est pas une maladie c'est un développement neuroatypique. Pas de scènes violentes ni choquantes mais des émotions intenses et sincères. Le petit bonus de la prof doc : un petit mémo en fin d'ouvrage sur le syndrome, à déguster avant de tomber dans la marmite de cette délicieuse lecture. Cela permet de découvrir les notes humoristiques de la narratrice qu'elle a disséminées aux 4 coins des cases. Une petite note finale philosophique sur le normal et le pathologique. Plonger dans un univers qui nous est étranger fait peur. On octroie à celles et ceux qui sont différents de nous des " troubles " des "maladies". Mais pour fonctionner, la société a eu besoin de créer ces catégories en espérant les maintenir sans jamais les intégrer, voir pire, sans jamais les comprendre. Big Up à tout ces gens formidables dont les témoignages participent à la qualité de l'ouvrage. La vie est belle. 
Georgette la douceur.




lundi 25 juillet 2016

En juillet, lis ce qu'il te plaît

Bonjour à tous, 
Comme pas mal d'entre vous me l'ont demandé, voici un petit billet sur les lectures ( lues et approuvées ) que j' avais emmenées lors de notre séjour en Albanie. 
Rassurez-vous, je ne dévore pas autant hors vacances scolaires mais vu que nous étions coupé du monde et du wifi, cela m'a permis de sérieusement attaquer ma Pile à lire.


  • Pour débuter, j' ai vraiment littéralement fondu pour cette trilogie éditée chez mon chouchou Acte Sud,séries noires . Il s'agit de l'oeuvre d' Eric Axel Sund : Les visages de Victoria Bergman.

Cela faisait un moment que le tome 1 me faisait de l’œil. La plume m' a aussitôt séduite. Deux auteurs masculins qui mettent en scène deux personnages féminins complexes et envoûtants.
Jeannette Kilhberg, inspecteure en chef mène l'enquête sur la découverte d'un jeune garçon au corps momifié. Elle sera aidée par la psychothérapeute Sofia Zetterlund qui a déjà beaucoup à faire pour suivre deux patients atteints de troubles de la personnalité multiples : Samuel Bey un réfugié de guerre en Sierra Léone et Victoria Bergmann, jeune femme ayant subit de multiples sévices sexuels depuis son enfance. 
Résultat de recherche d'images pour "persona les visages de victoria bergman"Les deux femmes vont unir leur intelligence pour explorer ensemble les méandres du psychisme humain. La toile qui se tisse peu à peu entre tous les personnages s'opacifie et se complexifie sans jamais perdre pour autant le lecteur. La chute du premier tome m'a réellement scotchée. Impossible de prévoir la suite de l'intrigue. Palpitant et tout en finesse avec une bonne dose de féminisme. Chapeau messieurs.  A vous les petits veinards qui n'avaient pas encore commencé, vous allez vous régaler ! 
Ce duo d' acteur m' a fait penser à la plume de Peter May, très fort lui aussi pour dessiner des personnalités originales et ambiguës à ses personnages. Quel ne fut pas mon plaisir que de découvrir que l'un  était ingénieur du son et l'autre musicien de post punk ! 



Résultat de recherche d'images pour "en finir avec eddy bellegueule"
  • Ma deuxième claque fut le court roman d' Edouard Louis éditions aux éditions du Seuil : En finir avec Eddy Bellegueule. Ce roman m' a été conseillé par mes anciens collègues de Lettres en me disant : Georgette on en a acheté 25 pour nos classes de troisièmes. Tu dois le lire. Bon je n'étais pas franchement convaincue vu le tapage médiatique qu'on en a fait mais je dois bien avouer que j'ai été bluffée.  Eddy Bellegueule s'appelle vraiment Eddy Bellegueule. Il va nous conter sous une forme autobiographique son enfance en Picardie. Eddy est différent : il est maniéré, n'aime pas jouer au foot et préfère de loin se déguiser en petite fille que de s'imaginer les embrasser. Il grandit entouré de ses parents et de sa  fratrie dans une région rurale de Picardie. La dureté de ce qu'il subit quotidiennement est décrite avec une telle  justesse et  précision  que le lecteur (  quel que soit son âge et son milieu social )  se sent concerné. Un scénario de Ken Loach à la française. En plus des crachats et des insultes homophobes dont il est la perpétuelle victime , Eddy nous dresse un portrait familial digne des Thénardiers. Un père alcoolique au chômage, une mère sans aucun filtre social ni once de jugeote, une sœur qui ne pense qu' à le caser avec un bon partie ! Eddy a bien du mal à trouver un sens à sa vie. La faim, le froid, l'insalubrité, le RSA, autant de facteurs qui viennent encourager l'espoir de notre héros du quotidien. Espoir de s'échapper de cette famille au sein de laquelle il faut se taire en mangeant, où la télévision est allumée dans chaque pièce, où réussir à l'école ne remplira pas le godet de pastis (sans eau ni glaçon cela va sans dire!). Une fresque sociale fracassante où chacun pourra retrouver des éléments de sa propre enfance, de son adolescence, de la découverte de son corps et des sexualités mais aussi du sentiment de honte qui peut très certainement nous avoir effleuré concernant le comportement de nos aînés.

    Résultat de recherche d'images pour "le gaffeur jean malaquais"
  • Ma troisième découverte est un bouquin conseillé par vous devinez qui. Il s' agit d'un livre récemment réédité, tombé aux oubliettes et remis sur le devant de la scène littéraire engagée. Il s'agit du Gaffeur de Jean Malaquais. Le gaffeur c'est monsieur tout le monde, vous et moi. Dans une société imaginaire, mais pas tant que ça, à la Orwell, M tout le monde ne réussit plus à introduire la clé dans la serrure de la porte d'entrée de son appartement. Perte de logement ? Perte d'identité ? Comment survivre lorsque l'on perd tout ? une fiancée qui disparaît, une augmentation qui vous fait perdre votre travail ?  Dans l'univers de Malaquais, c'est l'ensemble de la politique au sens noble d 'organisation de la cité qui est remise en cause. Ce roman est un OLNI : objet littéraire non identifié. Riche de Lewis Carroll, Kafka, et bien sûr Georges Orwell, le Gaffeur bouleverse par sa modernité. La délation est le mal de toutes les nations, mêmes dans une uchronie. Un auteur à découvrir. En plus, petite subtilité, les pages sont imprimées en vert ! Coïncidence ? je ne crois pas ! 



    Damnés par Palahniuk
  • Le délicieux Chuck Palahniuck nous plonge dans un univers subversif totalement déjanté comme à son habitude avec son petit roman : Damné Madison, 13 ans est morte. Elle nous raconte comment elle se retrouve en Enfers. Entre mythologies et critique de nos modes de consommation, Chuck est vraiment doué pour mettre le doigt sur nos angoisses les plus élémentaires : le deuil, la perte d'autonomie, la mort, la vieillesse. Tout est à la fois très léger et très sombre. J' ai particulièrement apprécié la description des parents de Madi, hippies multi-milliardaires, mangeant des muffins à la farine de quinoa, se trimbalant nus sous la climatisation, bourrés de coke avant de faire un discours humanitaire. Et cet enfer ! quel bonheur : imaginez un peu. Madi, accompagnée de ces acolytes (morts et anonymes ), va devoir se faire une place en enfer. Elle va découvrir à ses dépens le lac de sperme oublié et les montagnes d'ongles coupés. Heureusement Mady va trouver un travail en Enfer. Un qui dépeint bien le monde dans lequel on vit. Je vous laisse découvrir lequel. 










    Afficher l'image d'origine
  • Un petit dernier pour la route : Les jolies choses de Despentes. Un roman truculent, acide, noir, et terriblement enivrant. Vivi comme à son habitude nous dresse des portraits en perdition. Une vision intègre et sans jugement. Deux sœurs jumelles que tout oppose vont se retrouver le temps d'un concert foireux à Paname. Leurs existences s' en trouveront à jamais bouleversées non pas pour le meilleur mais bien pour le pire ! 











  • Cette fois c'est vraiment fini avec ces  deux petits flop , deux déceptions en matière de polar. 
Afficher l'image d'origineAfficher l'image d'origine