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mercredi 2 mai 2018

Lectures en tous genre du joli mois d'Avril

Bonjour à tous
Pour honorer le retour du dieu soleil (le seul et unique existant que je vénère ) , et rattraper mon retard lunaire dans mes chroniques , je présente ce soir un joyeux bordel dans mes lectures jeunesse polar et même feel good. Ce dernier est un genre souvent dénigré par les supers chroniqueurs du masque mais comme déjà dit précédemment,  ils n' ont qu'à se la mettre bien profondément là où je pense.
Pour débuter un polar coréen emprunté par hasard à la bib : Sept yeux de chats. Cela débute à la manière des 10 petits nègres.  Six personnes tous âges et classes sociales confondus se retrouvent dans un petit chalet isolé de montagne. Le seul lien qui les unit est leur passion pour les grands psychopathes criminels et leur amour pour les polars. C' est bien là le génie de l auteur. Une fois l intrigue installée dans ce huit-clos angoissant , l auteur brouille les pistes. On ne sait plus vraiment qui est mort ? Qui incarne la raison ? Qui a de bonnes raisons de vouloir  réunir ces personnes en apparence communes et banales? . Ce polar est déroutant car chaque chapitre apporte sa dose de logique dans le raisonnement policier mais à la fois sa dose de folie et de cynisme concernant la nature cupide de l' homme avec un grand hache . Un roman malaisant qui flirte avec le genre gore surnaturel et …..horrible à la fois. 
Âme sensible s abstenir !!
Pour faire passer la croquette, deux romans feel-good qui font du bien au moral . J ai découvert Gilles Legardinier et je vous entends déjà râler ! Merci la littérature de gare c est pire que Musso. C est de la pâté pour chihuahua.  Petit un vous n'avez probablement jamais lu Musso ( moi si et c est un auteur qui a le mérite d être proche de ses lecteurs sans se prendre pour un Lacan Deleuze en puissance ). Petit deux la probabilité que vous ayez déjà goûté la nourriture de votre animal imaginaire est quasi nulle alors laissez tomber vos préjugés.  J ai tout bonnement adoré Complètement cramé . Déjà parce que le chat de la couverture nous offre une magnifique transition animale et a une grande importance dans le roman. Legardinier aborde un sujet doux et sensible. La vieillesse solitaire d'un homme d'affaire qui ne s'est jamais remis de la mort de son épouse. Ok jusque là ça peut faire chiant sauf que notre Andrew Blake décide de léguer la direction de son entreprise à sa secrétaire, de mettre un slip et une chemise blanche dans sa valise et de partir incognito au service d'une vielle femme en tant que majordome. Je ne sais pas ce que j’ai préféré entre l humour pince sans rire d’Andrew , les amitiés fragiles qui se nouent entre les membres du personnel ou la réflexion profonde sur le bonheur et le temps qui passe.  Je suis capable de lire les pires romans d angoisse sans ciller mais j'ai écrasé une larme à la fin de Complètement cramé car la relation dépeinte entre le père et sa fille est loin d'être exceptionnelle mais communément partagée par beaucoup d'entre nous.

J’ ai aussi dégusté Le restaurant de l'amour retrouvé d' Ogawa Ito. La plume bien particulière de l auteur nous emmène vers un véritable retour au source, lentement mais pas trop vite!  
 Rinto a tout perdu du jour au lendemain. Son fiancé indien a quitté l appartement en emportant absolument TOUT, même ses précieux ustensiles de cuisine. Heureusement, la jarre à saumure de sa grand-mère est toujours là. Rinco dépense ses derniers Yens pour retourner dans son village d'enfance, perdu dans la montagne. Elle y retrouve sa mère avec qui elle a du mal à communiquer, sans compter que sous le choc de sa rupture Rinco a perdu sa voix ( et promis elle n' a pas de chat dans la gorge). Elle va retaper l'arrière boutique du bar tenu par sa mère pour en faire un restaurant particulier. Je vous laisse savourer, sur fond gastronomique, cette réflexion profonde sur les relations mère-fille qui peuvent aussi finir bien.
Pour clôturer avec les romans, celui que l'on m' a prêté et qui m'est tombé des mains.... : l'amie prodigieuse. C'est bien écris mais c'est franchement trop académique et ça manque de lâcher prise . Je n' ai pas du tout envie de continuer la suite . Je ne comprends vraiment pas pourquoi tout le monde en chie une pendule.

Concernant les Bandes Dessinées, jetez-vous sur les 4 tomes des vieux fourneaux. 
Le tome 1 ( le plus abouti à mon avis ) est excellentissime. Imaginez une bande de retraités anarchistes et 68tards qui se retrouvent pour enterrer un des leurs à la campagne. Leur devise : ni Yeux ni maîtres. 
  Je n' en dis pas plus mais  c'est drôle, cinglant, rempli d'humour noir tout en étant sensible et doux à la fois.  J' ai aussi lu le premier tintin de toute  ma vie : Tintin au Tibet. Et je me suis dis : ouah qu'est ce que c'est bien écrit. Je compte bien continuer ( sauf celui au Congo ). 

Trois  petits albums qui font du bien  Momo,  Clémence évidence et Verte ( le fameux bouquin de Desplechin adapté ). Des visions enfantines mais matures sur le monde environnant, l'amitié, l'angoisse de la mort. Trois  bouquins à offrir à des grands CE2/1CM1/2 et même des adultes qui ne veulent pas perdre leur âme d'enfant: 

 J' en ai lus d'autres mais pour avoir une chance d'être lue jusqu'au bout, je m'arrête !  
Bonzaï







mardi 20 février 2018

Toxique Surdose

Salut mes p'tits lapins.
Je vous présente aujourd'hui deux ouvrages très différents mais qui vont fort bien ensemble.
C'est un procédé que je fais malgré moi lorsque je lis deux bouquins coup sur coup. J'aime y trouver des liens et tisser le fil des ressemblances. Et entre ces deux là c'est toute la noirceur humaine et sa psychologie  qui prennent place. De quoi est capable l'être humain, quel que soit son métier, son milieu d'appartenance, sa classe ( criminale ) sociale pour échapper à la vérité, à l'angoisse et au présent ?

 Dans Surdose, publié aux éditions Gouttes d'or, Alexandre Kauffman intègre la seule et unique équipe de police chargée des overdoses qui ont lieu dans Paris intramuros. C'est ce qu'on appelle une non-fiction. Le 36 en dénombre environ 20 par an ( ce qui me paraît assez peu ).

Ce journaliste qui  fait  parler de lui en ce moment, relate dans ce court ouvrage incisif les méthodes d'interventions de cette brigade si spéciale. Parce que même si ça y ressemble, Surdose n'est pas un roman policier. Tous les faits relatés sont vrais et les portraits brossés sont décris très simplement. Ce n'est donc pas une écriture pédante de la France d'en haut qui chercherait un bénéfice intellectuel à délier sa plume chez les poulets de Surdose. 
Dans des quartiers très différents de Paris, dont un dans lequel je réside et l'autre dans lequel je travaille ( oui je sais on s'en fout mais c'est la dure loi de la proximité : c'est arrivé près de chez vous alors cela vous t(o)uche ! ), trois corps sont découverts :  celui d'un dentiste d'un informaticien et d'une jeune étudiante en histoire de l'art. Trois drogues différentes sur lesquelles je ne m'étendrai pas car je n'y connais rien. Pourtant je n'avais jamais pensé à cela avant. Qui se charge d'aller chercher ces corps ? Comment analyser la profusion de drogues créées chaque jour dans le monde ? Comment sont elles répertoriées ? Loin d'enfoncer des portes ouvertes, Kauffman ne juge ni le consommateur ni le dealer, même celui qui vend de la came , bracelet électronique au pied dans un über. Je ne peux que vous encourager à lire Surdose mais pas pour vous faire peur seulement  ( même si on apprend que l'on peut mourir d'une infime prise unique à côté d'un monoprix) mais plutôt pour amorcer le débat : après la constatation de cette réalité : que faire ? 
Je suis une fervente défenseure des salles de shoot. J'espère que la publicité faite autour de cet ouvrage servira cette cause. Plutôt que de cacher la poudre sous le tapis et de continuer cette politique politicienne de l'autruche, réfléchissons plutôt à une politique préventive, éducative plutôt que répressive. L'alcool, le tabac le sucre, les écrans, nous sommes tous soumis à des addictions. C'est sûrement le propre de l'être humain de rechercher du plaisir simplement et rapidement pour fuir un quotidien, une détresse ou tout simplement pour retrouver un sentiment de contrôle. On ne juge pas un livre à sa couverture mais le travail original
d' Agence Miracle est à la hauteur du contenu proposé. Bravo


Dans un tout autre registre, pour le coup un bon polar qui explore aussi à sa manière la fuite de la réalité. Il s'agit de Toxique.
Je ne suis pas fan des polars où l'identité de la meurtrière est connue dès le début. L'intrigue ne repose donc pas sur la découverte de son identité mais sur LA cause qui emmène cette femme psychopathe à commettre les pires atrocités. Une femme qui ressemble à Mme tout le monde.  Niko Tackian nous emmène dans les méandres de la psychologie humaine en se servant de tous les ingrédients bien connus du genre policier. Des destins de vie complexes, des flics torturés, des secrets de familles, des scènes de torture, des rendez-vous clandestins... Ce n'est pas le roman policier de l' année mais j'ai aimé les profils psychologiques dressés. J'attends la suite ! 
Vous noterez que la couv n'est pas dingue ! Dommage....

lundi 29 janvier 2018

En janvier, lis en jeunesse ce qu'il te plaît.

Je ne sais pas vous mais en Janvier je commence toujours des nouvelles lectures. En ce moment j'ai mis ( un peu ) de côté les polars pour regarder des plus près certains titres jeunesse. Je ne peux pas chroniquer tous les titres lus que  mais j'en ai sélectionnés trois qui m'ont particulièrement marquée, déboussolée et parfois même prise au dépourvue (sans la brise il fait trop froid).

Le premier titre Le soleil est pour toi m' a atterri dans les mains par hasard. J'ai l'habitude de lire ce que mes piou-pious ne vont pas lire spontanément. Et là tout était réuni : petits caractères, 500 pages en format poche et une couverture abstraite. La preuve: 
Au début de l'ouvrage, on plonge dans le quotidien de Noah et Jude jumeaux californiens de 13 ans. Très proches mais très différents à la fois : Noa est solitaire, adore communiquer avec les cailloux et semble attirer par le nouveau voisin. Jude, elle, est une explosion de joie et de bonheur. Populaire, belle et intelligente, tout lui semble facile. Mais la vie ne reste pas longtemps un long fleuve tranquille. Au fur et à mesure des chapitres polyphoniques, Les rôles semblent s'inverser. Et c'est la tragédie familiale qui semble en être le vecteur. Beaucoup de thèmes sont abordés : la découverte de la sexualité, les choix de vie, le droit d'aimer, le deuil, l'art. Bref difficile d'en dire plus sans spoiler si ce n' est que Jandy Nelson nous transporte dans un univers quotidien bourré de sensibilité et d'émotion. A mettre dans toutes les mains des "grands" qui penseraient que l'enfance est synonyme d'insouciance. Vous essuierez sûrement une petite larme.....

Dans un style plus fantaisiste, le nouveau roman de Marie Pavlenko : Je suis ton soleil. Un volume épais qui se lit en .... deux heures sans s'endormir ! La couverture coquillette m'a beaucoup intriguée.
Déborah a 17 ans. Elle ressemble à nos ados, à nos élèves, à nos enfants. Elle a tout de même une particularité c'est qu' elle se réfugie dans les livres. Aussi quand son père quitte le foyer familial pour refaire sa vie, ce sont les misérables d' Hugo qui lui tiennent compagnie. Elle se retrouve, seule, confrontée à la tristesse de sa mère. Et c'est là que toute la subtilité de Pavlenko se fait ressentir. Au delà d'une bonne dose d'humour et d'autodérision ( sans pour autant tomber dans le cliché des ados boutonneux mal dans leur peaux ! ), Déborah pose aux lecteurs des questions déroutantes. Quelle est la place d'une ado de 17 ans. Consoler sa mère ? Sortir sans culpabiliser ? En vouloir à un père absent qui essaie de se rattraper ? Comment être concentrée en classe lorsqu'une multitude de questions fourmillent dans votre esprit ? Peut-on s'autoriser un premier amour quand tout va mal à la maison ? Vous comprendrez aux dernières pages du titre pourquoi " Je suis ton soleil" est un hymne à la vie. Il est beaucoup plus difficile d'accepter ses faiblesses que de faire l'autruche et de continuer à vivre toute sa vie dans des névroses sclérosantes ! 

Allez un petit dernier qui commence à symboliser ENFIN la diversité des genres en littérature de jeunesse. Un petit bijou tant littéraire que sociétale.
Reagan a un lourd secret à porter. Son frère Liam chéri, beau comme un apollon et populaire à en faire baver le chef de l'équipe de baseball ne rêve que d'une chose : devenir une femme. Cette question délicate de la transsexualité et de la transition chez les adolescents est ici abordée sans tabou ni détour. 
Il était temps que les auteurs de jeunesse aborde enfin la question du genre. Liam est en réalité Luna et on assiste avec tendresse mais aussi douleur à ses premiers essayages de sous-vêtements, moquée par les vendeuses qui se rendent compte que cet excentrique ressemble davantage à un homme. 
Un gros big up à la figure paternelle. Il est totalement paumé. Il veut aller à la salle de muscu avec son fils, partager des "moments" entre hommes. Il se plante lamentablement alors qu'il est persuadé que son fils refuse ce genre d'activités  car il est homosexuel. Ce roman poignant est un vrai OVLNI : objet volant littéraire non identifié. Il permet de mieux comprendre cette réalité quasiment tabou de l' acceptation de soi qui vient bâcher les diktats de la société et les attendus parentaux. 

3 romans coup de poing, pas gnan-gnan, pas clichés, un peu bruts de décoffrage et ultra humains dans ses plus belles contradictions. 






lundi 4 juillet 2016

Le bonheur est dans l Abbaye d’Auberive !

Connaissez - vous ce poème de Prévert ? 
Le bonheur est dans le pré cours-y vite cours-y vite ! 
Le bonheur est dans le pré cours-y vite il va filer ! 

Et bien pour moi c'est exactement la même chose avec La Halle St Pierre.
Cours-y vite jusqu' au 26 Août pour découvrir cette stupéfiante expo qui n' a aucun fil conducteur, si ce n 'est des coups de cœur et de corps du collectionneur Jean-Claude Volot dans l' Abbaye d'Auberive. Art naïf, populaire, expérimental, très souvent torturé au plus profond des méandres de l'humanité.
Pour ceux qui savent à quel point il est difficile pour moi de sauter une sieste, il est encore plus difficile d'écrire un billet exhaustif sur cette réunion d’œuvres d'art totalement insolite et inclassable. 
Comme d'habitude, ce qui est le plus évident selon moi, c'est une présentation intuitive des œuvres. 
Il y a de grands noms d' artistes que vous reconnaîtrez sans doute.
Voici celles et ceux qui ont particulièrement retenu mon attention.


  • Roger-Edgar Gillet ; une soirée chez Pollack, 1968


photo FG0230_La_Fete_chez_PollakOn retrouve ici les ingrédients des folles soirée parisiennes, sûrement à Pigalle. De la dentelle, des visages émaciés par la faim et les ravages de l'alcool. De  gros aplats de couleurs = viennent brouiller les pistes d'une interprétation limpide, tel un miroir grossissant dans une attraction de fête foraine. Les sourires sont grimaçants et les moues que l'on devine sont inquiétantes. Cela rappelle une fine couche de vernis qui s'écaille petit à petit les soirs de grandes fêtes pour plonger l'homme dans une profonde noirceur.



  • Jean Rustin; quatre pensionnaires, 2003


Là encore, une oeuvre figurative d'une profonde noirceur. Il est difficile de ne pas détourner le regard ; difficile également d'affronter ces visages déformés par la souffrance, qui n' est pas sans rappeler les camps de concentration. 
Les yeux globuleux, la peau olivâtre et les uniformes kakis offrent aux visiteurs un cocktail à la fois déplaisant et fascinant. Bon nombre d' entre eux dévient leur itinéraire pour ne pas avoir à plonger le regard dans cet univers dérangeant. 




  • Les planches dessinées de Hans Bellmer
Pour appréhender au mieux, l'oeuvre de Bellmer je vous conseille vivement la lecture de sombre printemps, Unica Zurn. Tout est dans le titre.....
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  • La dame blanche, bronze, Lydie Arycks, 2011

Auberive (52) : Abbaye, Lydie Arickx (La dame blanche):

Une oeuvre dérangeante par son échelle réaliste et la monstruosité des proportions qui se dégagent. La peau grumeleuse contraste avec la luminosité du bronze utilisé. Cette couleur verdâtre ne fait qu'accentuer le malaise : être humain ou imaginaire  tout droit d'un cauchemard ? Allez faire un petit tour derrière la statue. La colonne verticale est creusée, et là ! on découvre les prémices d'une vulve ! 










  • Brève escale des foudres, Ody Saban    "J’ai souvent représenté des femmes comme images de libérations se frayant un passage au milieu des obstacles les plus terribles. Ainsi dans « Brève escale des foudres ».      
J’ai peint ce tableau au retour d’une longue visite dans le grand camp de concentration de Breedonck près de Malines avec mon compagnon Thomas qui est un poète intellectuel tsigane dont une partie importante de la famille a été massacrée pendant le génocide, avec notre fille Eden qui avait dix ans et que cette visite a au moins autant intéressée que nous, et avec une trentaine de militants antifascistes"



Des œuvres militantes mises en beauté par une impressionnante muséographie, dans un lieu feutré et mystique.
à aller voir et revoir de toute urgence. En cadeau la revue de presse ! 

jeudi 9 juin 2016

Je suis ton ombre.


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Ayant décidé de reprendre mes chroniques littéraires ( depuis aujourd'hui je vous rassure vous n'avez rien raté ), je vous présente un ouvrage comme je les aime. Totalement inconnu au bataillon, libre de toutes cautions gallimardesques, bien loin du masque de de la plume ( dans le c*** = ciel ).
Donc ce gros bouquin s'intitule : Je suis ton ombre, Morgane, Caussarieu, Les éditions Mnémos, 2014.


  • Dégotage : comme j'adore me fier à mon instinct, je prends très souvent des bouquins au hasard et surtout pas ceux qui reçoivent des prix quelconques. Ce copinage mutuel a tendance à m'exaspérer. Vous reprendrez bien un peu de Mathias Enard non ? ??

Bref, la veille d'un départ en train, je me rends dans ma bibliothèque préférée ( celle avec un solarium ) avec mon sac de courses sur les épaules et un mal de pied incroyable ( si vous aussi vous continuez d'acheter des chaussures qui vous plaisent mais qui ne sont pas adaptées à la morphologie épaisse de votre ossature pédestre ). Donc en gros j' ai 15 minutes et là avant de foncer au rayon polar, je regarde la table des nouveautés. 

C'est surtout la couv qui m'a plu mais aussi le petit encart sur Morgane Caussarieu :
" de la tristesse des campagnes landaises dont elle est originaire à la moiteur des bayous, l'auteur met en miroir l'horreur des enfances perverties....."


  • mini résumé
Dans les confins d'un village paumé loin de la grand' ville, Poil de Carotte est un ado qui vit seul avec son père handicapé. On sent depuis le départ qu'il a subi de gros traumas ; c'est lui qui gère seul la ferme laissée à l'abandon. Le lecteur va être immergé dans ce monde cruel celui de l'adolescence. Là où Morgane le fée à la perfection ( ok je sors ), c'est l' imbrication des univers tantôt ultra réaliste à la Zola, tantôt surréaliste.Ce roman est dans sa forme et dans son fond totalement schizophrène.  Par une mise en abyme très habile, notre anti-héros va s'enfoncer dans un monde humide, angoissant, aux frontières de l'horreur pour partir dans une quête identitaire. Poil de Carotte est prêt à tout pour trouver une place au sein de son groupe, se sentir regardé, voir désiré.
 On alterne ainsi entre la déréliction des Landes ( prononcez le n ) et la folie quasi bouffonne d' un monde ( pas si ) imaginaire où se côtoient grands seigneurs, vampires, prostitué(e)s et esclaves. 

  • mon avis
Très dérangeant mais très novateur. Pour une fois, un conte écrit par une femme qui utilise la narration interne d'un jeune garçon. La mère est une figure de déperdition totale qui est bien éloignée des figures maternelles rassurantes des ouvrages pour la jeunesse. 
Il faut avoir le cœur bien accroché. Viol, pédophilie, deuils prématurés, cadavres animaliers : tous les ingrédients de cet OLNI ( objet littéraire non identifié )  maintiennent le lecteur dans une attente quasi malsaine. La chute du roman a dépassé mes espérances bien qu' elle me paraisse un peu trop fantastique à mon goût. 
Peut-être  le fait d'avoir vécu dans le sud-ouest m'a permis d'accéder à des sensations particulières
( l'odeur des pins, le bruit du sable, la découverte de bunker dans les dunes ) propres à la localisation de l'action. 

  • feuilletage 
"J'entends la chose qui se relève.
Un souffle glacé dans mon cou. Une respiration lourde, pénible, à mon oreille. Ma vessie va lâcher.
Te pisse pas dessus...T'es plus un gosse maintenant, te pisse pas dessus.
La chose s'éloigne.
J'écoute ses pas.Tap, tap, tap. Des pas d'enfant.La même présence que j' avais sentie dans la ferme brûlée.
"Gabriel ?"
Pas de réponse.
Je peux pas me retourner, pétrifié.
J'arrive quand même à porter ma main droite à ma bouche. D'un coup je mords ma paume de toutes mes forces et la chair s'ouvre facile, libérant un peu de sang que j'avale.ça marche : le goût ferreux et la brûlure lancinante me ramènent vers le réél. "









jeudi 8 octobre 2015

Kinderzimmer : une procréation de génie .

Bonjour à tous,
En cette fin d après -midi morose et pluvieuse où il fait quasiment nuit depuis 14 heures, je viens de terminer un ouvrage exceptionnel.
il se trouve qu il a été édité chez un de mes éditeurs fétiches :Actes Sud . Vous le retrouverez aussi chez  Babel .

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Kinderzimmer, pour moi qui n est jamais appris l allemand,  m'évoque un terme rude et métallique , comme une fermeture éclair que l'on referme d'un geste sec sur un tissu râpeux. 
Mais après la lecture de cet effroyable roman ( loin d être fictionnel ), le mot prend un sens beaucoup moins sensible. Loin de nous l'image du petit garçon joufflu aux dents biens trop blanches, au col roulé bien trop bleu marine , qui boit son grand verre de lait accompagné de sa barre chocolatée préférée ! 

 Suzanne Langlois est invitée à témoigner dans une classe de seconde sur ses années de déportation à Ravensbrück. Au sein de la classe, une première main se tend volontaire et innocente. La question que cette ado au sourcil percé d un anneau rouge va lui poser,  la déroute: 
 " mais madame comment saviez-vous à cette époque que vous marchiez vers Ravensbrück ? "

C'est de cette question que va découler le récit interne que Suzanne Langlois, alias Mila, va offrir aux lecteurs sous la plume experte de Valentine Goby. 

Je sais bien que les manuels d histoire français focalisent énormément sur cette seconde guerre mondiale et que les génocides africains amérindiens indiens asiatiques et ceux de toutes autres ethnies dont ne nous soupçonnons même pas l' existance sont sous- représentés dans la littérature comme dans les programmes scolaires. 

Seulement voilà , moi qui ne suis ni historienne ni spécialiste en géo-politique, c'est la première fois que je lis un livre qui parle de  maternité au sein d un camp de concentration. 
Mila est bien enceinte de quelques mois lorsqu'elle est déportée pour avoir traduit  des tracts résistants en partitions de musique. 
Sentir un corps étranger peut donc vous faire oublier les cadavres, le froid la faim. 
Le lecteur ne peut s'arracher à cette lecture. Il prie de toutes ses forces (on se fout du dieu invoqué) pour que Mila survive et on pense même à l impensable :que son enfant vive . 
Le récit de Valentine Goby ne s arrête pas là. Elle pousse les limites au delà de l'imaginable pour nous faire vivre par pro-création -curation une nouvelle espèce de maternité : la solidarité . La vraie , celle qui tue et qui vous maintient en vie à la fois.  
Je n'en dirai pas plus. Amis lecteurs ( ou non ) ruez-vous a la médiathèque la plus proche . 
À remettre dans toutes les mains, les bibliothèques, les cdi . Le lynchage de truc much air france m'est apparu tellement minable . Quelle blague : un tee shirt  déchiré pour un lynchage médiatique qui va lui rapporter une troisième couille en or. 
Ce témoignage, celui de Mila,  est un lynchage et  Ravensbrück une immondice nazie. Pour que toutes ces femmes et  hommes qui se sont battus ne soient pas oubliés au profit de nos petites préoccupations modernes, plongez - vous dans Kinderzimmer. Cela ne m'a pas fait de mal de me faire rappeler que somme toute, nous ne sommes que peu de choses.
Valentine Goby est une déesse de la pro-création . 
Merci 

vendredi 3 avril 2015

Féminité exacerbée à la Halle Saint Pierre

Bonjour à tous, 
Un petite pause aujourd'hui pour vous en mettre plein les mirettes. Certains collègues se moquent gentiment de moi avec mes articles " sur des expos glauques et sordides". Donc je continue pour vous présenter quelques œuvres picturales découvertes dans un de mes lieux fétiches parisiens La Halle Saint-Pierre. 
Dès que je m' engouffre sous cette verrière, le bruit des flashs et des talons qui martèlent les marches de la Butte s' évanouissent. Une odeur de café vous chatouille les narines et un petit diable cornu vous chuchote dans le creux de l' oreille : "rentre dans cette fabuleuse librairie dédiée à l' art naïf, la folie artistique et la folie humaine."
 Ta carte bleue te dira merci et ton chéquier à la fin du mois aussi ! 

Du 21 janvier au 14 Aout 2015, la Halle Saint Pierre s' associe aux éditions des Cahiers Dessinés pour nous offrir une exceptionnelle expo sur le dessin. Dessin figuratif, décoratif, humoristique, torturé, érotique, militant, (de) presse, illustratif, dérangeant ou souriant. Il y en a pour toutes les mirettes. 
 Le dessin n' est plus perçu comme le brouillon préambule de l' artiste mais bien comme un moyen d' expression aussi fort et puissant que peuvent l' être la sculpture ou la photo.
  • La salle du bas est comme à son habitude plongée dans le noir. Les seules ombres calfeutrées qui se reflèteront sur les œuvres seront celles de vos corps plongés dans une interrogation continuelle pour tenter de capter l' intention des dessinateurs. No flash, No Photo No comment. Respiration coupée. A part 4 petits dessins de Victor Hugo et de Roland Topor, Sempé et Tomi Ungerer je ne connaissais AUCUN artiste.
  • Lorsque l' on grimpe les marches dégingandées, on atterit dans une deuxième salle immense, blanche , rehaussée de cette verrière majestueuse que j' aime tant. On y respire plus facilement pour admirer des œuvres à mon sens plus accessibles car pour beaucoup éditées dans le monde de la presse et de l' illustration. Les noms sont un peu plus connus ( enfin pour ceux qui commentaient autour de moi !).
Jean-Michel Jacquet Exposé en 2004 à l'Espace Courant d'Art.
J' ai décidé de ne pas commenter d' œuvres particulières  mais de vous laisser découvrir celles qui m' ont particulièrement marquée. En espérant que cela vous donne envie de découvrir cette expo si particulière qui bouscule l' intime et notre représentation du monde et de la féminité . 
Féminité moderne épurée versus les grottes de Lascaux dans ce dessin de Jacquet



Paris ou Bourges  dans les marécages début 20ème; dessiné par un homme transgenre  à la fois clochard virtuose  et femme déguisée. Hommage à Marcel Bascoulard.




Les cahiers dessinés...
Bascoulard : Dessinateur virtuose, clochard magnifique, femme inventée


Un bond dans le temps avec ce dessin de Mélanie Delattre-Voght

Un dessin tout en rondeur courbe et dilution d' aquarelle qui donne un sentiment de malaise malgré sa féminité exacerbée. Viscères et boyaux supportent en eux cette matière gluante qui véhiculent tant la mort que la vie
Son titre : La vie dans les plis ( 2009) . Oeuvre  inspirée de l' œuvre d' Henri Michaux qui porte le même titre.



Le clair obscur dessiné tout en nuance de gris ( c' 'est d' actualité paraît-il).
Anne Gorouben, 2009.

Extrait de "100 boulevard du Montparnasse"
Parcequ' on ne peut pas la prendre pour un Pigeon Laure. La preuve :

Laure Pigeon dans son œuvre, réinvente les matières associées à la féminité pour les détourner et les mettre en valeur brutalement. Les volutes de fumée sensuelles peuvent asphyxier, les motifs floraux suffoquent et transpirent quitte à exploser de couleurs. On imagine la nausée qui émane de ces parfums capiteux.  La dentelle devient sous la mine graphite du grillage tranchant. 

Jacob, le père d'après Bruno Schulz

Un dessin qui m' a énormément plu. Quand je me suis renseignée sur l' artiste voici ce que j' ai trouvé : Les corps des acteurs, mannequins, marionnettes et objets se mêlent ici au silence et au vide, à la musique, aux murmures et aux chuchotements dans une langue inconnue. Plusieurs sujets se télescopent dans cet univers schulzien, autour de la folie, de la féminité, des origines et de l’identité ; autour du démiurge et de sa créature, de l’artiste et de la naissance de l’art…
étonnant non ?




allez encore Une : Josefa Tolrà : hommage à une catalane méconnue.
Un univers proche de Klimt mais aussi Muncha et Joana Vasoncelos.
et pourtant, cette femme a commencé à dessiner à 70 ans sans aucune technique, en totale liberté. De ses calligrammes émanent de la magie.  Ses dessins enfantins et simples sont une lutte contre la dépression. Cette cartomancienne du dessin dépasse toutes critiques.
les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak img_6009-josefa-tolra1.jpg (827×551)


Allez encore Une mais promis c' est bientôt fini.
Les monstres féminins, des créatures  hybrides, des enfants avec des excroissances, des corps féminins déformés : c'est très déroutant. Mais cela résume bien la vie de Unica Zurn, née à Berlin en 1916. Unica perd très tôt ses parents, accouche sous les bombes ( au sens proprement historique). C'est à la suite de son divorce, qu' elle perd la garde de ses enfants ( rare à l' époque). Sa rencontre avec Hans Bellmer va la propulser sur la scène surréaliste.
Elle mène une vie de Bohème, sa personnalité border et son internement à Saint-Anne la mèneront au suicide en Octobre 1970
zürn

 Je trouve cela magnifique et douloureux.

Allez La boucle est bouclée. J' ai débutée cet article par une femme qui boit un verre de rouge. Voici ma seconde activité préférée : La Sieste parfaitement dessinée par Felix Vallotton







Profitez de ce week- end  prolongé pour courir voir cette expo.





























dimanche 15 mars 2015

Carmilla, nous voilà

Bonjour, 
Aujourd' hui un petit billet qui fait du bien.
Si comme moi vous adorez flâner dans les librairies pour dégoter de vieux bouquins qui sentent bon la poussière, vous adorerez  Tendance Négative.
Tendance négative c'est trois amoureux du livre : un graphiste, une libraire, un prof d' histoire ( et oui il en faut ) qui montent leur petite maison d' édition en totale auto-édition. 
La présentation de l' équipe de  Tendance Négative c' est ici.

Pour le lancement de leur premier ouvrage, ils ont choisi de s' attaquer au très sulfureux et mordant Carmilla, de Sheridan Le Fanu. 
Pour ceux comme moi qui ne sont pas des spécialistes des écrivains écossais du 19ème siècle, Sheridan la Fanu a été un des premiers à  mettre en scène une figure féminine de vampire au cœur d' une énigme littéraire.

Pour vous donnez l' eau à la bouche, Bram Stocker lui même dit s' en être inspiré pour rédiger son célébrissime Dracula. Donc si vous aimez le fantastique, les ambiances feutrées et les amours interdits : FONCEZ! 

si vous voulez que ce projet lancé il y a deux semaines voit le jour, vous pouvez participer.
le lien pour financer le projet c' est ici.

Moyennant quelques deniers, repartez avec un magnifique ouvrage, des marques pages, affiches ou sacs sérigraphiés en édition limitée !! 
par exemple moyennant 30 €, repartez avec : une affiche sérigraphiée  de bon goût pour une digestion assurée après une fondue bourguignonne saignante, un ouvrage dédicacé avec une reconnaissance éternelle, des badges humour noir ! 
et il y en a pein d' autres à choisir.

Il y en a pour tous les budgets.

Je vous laisse découvrir la page du projet mais le principe est simple : réadapter l' objet livre en fonction du contenu et je peux vous assurez que pour avoir vu les bons à tirer : c' est tout simplement magnifique.......


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et regardez à l' intérieur, chaque page est partitionnée en rouge et noir. Stendhal doit se retourner dans sa tombe !! 
Chez l’imprimeur !


Merci d' avance à ceux qui prendront le temps d' aller découvrir leur travail, de partager aux amoureux du livre et pourquoi pas se jeter à l' ail pour participer ! 
Bon dimanche