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lundi 12 février 2018

Pendant ce temps, Simone veille ..... mais pas au grain !

Hier soir, j'ai eu la chance de pouvoir aller au théâtre gratos. Un copain que je ne citerai pas ici mais que beaucoup d'entre vous reconnaîtrons bosse à la comédie Bastille et nous offre 4 places.
 Rassurez-vous : pas une pièce qui dure des heures où l' on s'endort presque confortablement, les genoux cognant contre la banquette de devant  en velours défoncée. Je ne m'attendais à rien si ce n'est le titre : Pendant ce temps Simone veille.
 Je me dis chouette, on va parler de féminisme, de philo, des hommes, de la vie quoi ! Et bien je dois vous dire que je n'ai pas été déçu du voyage. Enfin si ! Enfin je m'explique.
Imaginez un scénario plutôt bien ficelé. 3 destins de femmes à quatre époques différentes. 
Les années 50 puis 70 puis 90 et enfin 2010. Chacune des actrices va jouer sur un axe diachronique une figure maternelle de sa propre lignée de l' arrière grand-mère à la jeune femme indépendante ( ou pas ) de nos jours. Une jeune mère des années 50, une des années 70 ( mère et fille donc ) et ainsi de suite sur 4 générations.
Commençons par le positif car il y en a tout de même eu un peu. J'ai beaucoup aimé ce lien transgénérationnel. Qu'auraient pensé nos grand-mères de notre divorce , notre IVG, notre pouvoir de séduction ? Quelle est la différence entre se faire refaire les seins et choisir une nouvelle robe pour plaire à son mari ? Sauf que cette dernière phrase vient de moi et ce n' est pas du tout le parti pris de la pièce. " ( citation où j'exagère à peine : Oulala tu ne vas pas te refaire faire les seins tu dois assumer tes petits seins et apprendre à te mettre en valeur pour séduire !!!)  Mais je vais encore continuer sur quelques lignes sur le côté + . Un quatrième personnage, en mode speakerine intemporelle va permettre de faire de petites apparitions historiques : 
- le droit de vote pour les femmes
-la dépénalisation de l'IVG
-le droit de divorcer avec consentement mutuel, de porter un pantalon ( 2008 ! aux chiottes Napoléon). J'avoue j'ai la flemme de regarder les dates sur wikipedia.

Mais quand même j'ai été choquée de voir qu'une jeune scénariste prolifère encore l'amalgame = PORTER UN VOILE = SOUMMISSION . 
On peut être féministe et musulmane. on peut vivre dans une cité et ne pas se faire violer dans une cave. Comme le rappelle je ne sais plus laquelle une étude de L' INSEE, 95 % des viols que subissent les femmes sont menés par des hommes  connus de leur entourage toutes classes sociales confondues ( Oh mari es-tu là ? ).
 Et le must du pompom étaient les mini-comédies musicales sur le " TCHADOR t'es mon amour mon trésor" . Là j'avoue j' ai failli quitter la pièce. Pas un mot sur #meetoo ni sur des solutions concrètes pour militer au quotidien . Car oui c'est bien cela le problème dans cette pièce : de gros clichés qui font rire tout le monde. La femme moderne assume son côté putain ( putophobie en veux-tu en voilà à gogo mais sans les danseuses ) et cherche un homme qui descende les poubelles et bande comme un taureau.
Bref, une pièce limite qui manque  de profondeur et de réflexion à mon sens. 
Contrairement à ce qui est revendiqué une femme peut être libre ET porter le voile, comme de se faire refaire les seins. Libère toi des diktats du patriarcat ( ça oui ! ),aimons-nous les unes les autres  mais aucune mixité religieuse ou ethnique n'est représentée sans parler de la grossophobie omniprésente. Elles sont toutes les 3 blanches, il y en a une qui est homo en 2010 ( whaouuuu l' évolution ! ) et elles sont toutes carriéristes. Il y a une dernière chose qui m' énerve dans ce féministe superficiel et donc qui se veut consensuel. 
Une femme épanouie est une femme seule avec ou sans enfant avec un bon amant. Mais bordel. Que fait-on des ces couples trans, bi, libertins, homo, hétéro et tous ceux qui ont envie d'avoir des gamins? Moi je les respecte et je leur tire mon chapeau car je n'ai pas eu encore ce courage. On peut être féministe et vouloir ne pas travailler et/ ou vouloir  faire des tartes au pommes avec ses enfants sans pour autant être une femme au foyer soumise et sans volonté
Et j' ai compris hier soir que s'il y a bien un mot qui ne fait pas consensus c'est bien celui de féminisme. Et comme je suis nulle en citation je reprends juste l'idée de notre" burqua de chair" de Nancy Huston, cette burqua que  la femme européenne que je représente porte malgré elle pour survivre dans cette société de wonderwoman indépendante. NH   tend grâce à cette expression  à contrebalancer cet islamophobie ambiant qui vient pourrir nos sociétés depuis déjà des lustres

Et comme je ne veux pas que vous dépensiez un centime pour aller voir cette pièce je vous propose d'aller emprunter deux ouvrages à la bibli ( pas amazon(e) s'il vous plaît mouhahahah ).

Un roman de Michael Cunningham qui conte  24 heures dans la vie de 3 femmes aux destins, chronologies et lieux de vie différents. Le fil directeur est 'Mrs Dalloway', le roman phare de Virginia Woolf, et ses vingt-quatre heures dans la vie d'une femme. On suit donc les trajectoires de ces trois femmes en parallèle sous une plume toute woolfienne : C'est à New York, en cette fin de XXè siècle puis à Londres, en 1923 pour terminer à Los Angeles, en 1949. Clarissa est éditrice, Virginia écrivain et Laura, mère au foyer. Les dernières pages révèleront ce qui les unit.

Pour ceux que le sujet titille je recommande l'excellent ouvrage un peu délicat à lire mais qui dépoussière les idées reçues mieux que Monsieur propre à la javel : je nomme l'excellentissime
Féminismes et islamiques de Zahra Ali

Bonne reprise à tous !  et Bonzaï

dimanche 4 octobre 2015

Quand Anna n' aimait pas Tchekhov

la maison des métallos, lieu propice aux rencontres, débats, projections et représentations de toutes sortes, a permis la tenue de cet incroyable spectacle, véritable tranche d' humanité. Les actrices ? que nenni ! Pas d' actrices mais des femmes et quelles femmes. 

Deux ampoules sur cinq ou des destins féminins, féministes et militants hors du commun. Une pièce à la fois mis en scène et interprétée ( en partie ) par Isabelle Lafon.
Billet nocturne qui se place de lui même sous le signe de la Russie,de la Littérature et de thé amer, le tout accompagné de volutes de fumée.
Le contexte historique est lourd : celui des grandes purges Stalinienne. 
écrire pour survivre, pour se sentir vivante lorsque mari et enfant sont déportés pour leur liberté de pensée et d' écrire.  





Je vais tâcher d' être porte parole de cette pièce extraordinaire de  par sa dureté , son humanité et sa brillance. C'  est une retranscription des rencontres quasi quotidiennes entre Lydia Tchoukovskaïa et Anna Akhmatova entre 1938 et les 25 années qui suivront.






DEUX AMPOULES SUR CINQ - D.R.



brève présentation. 
A gauche, Isabelle Lafon incarne est  Anna Akhmatova, cette auteure poétesse née en Ukraine à la fin du XIXème siècle.

Anna écrit, des poèmes, la forme littéraire la plus complexe à produire. En effet, elle consiste à dire le monde avec les mêmes mots que ceux que l' on emploie quotidiennement pour inviter un voisin à venir boire le thé : "le matériau du poète c' est la boue". Anna est interdite de publication à partir de 1922 et est radiée du cercle des auteurs de littérature russe. 
Et la boue est en effet bien présente. La boue, le froid, la neige, la déportation, les rats, la famine, la peur des dénonciations. On a le souffle coupé, les larmes aux yeux, nos frissons sont justifiés et provoqués par ces phrases, ces mots, cette poésie mis en voix.


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Anna Akhmatova : 
A droite de la photographie,nous voyons la fantastique Johanna Korthals Altes qui incarne LydiaTchoukovskaïa  . Lydia est une femme de Lettres : lorsqu' elle s' exprime, c'est du bonheur à l' état pur pour nos cerveaux de linguistes.La respiration et la tonalité s' unissent pour faire sens. 
 Le père de Lydia  possédait au début du siècle dernier une maison d' édition spécialisée dans la jeunesse. Lydia va rencontrer Anna  dans son appartement pour la première fois en 1938. Elle va se  constituer   porte-parole, corps et âme d' Anna en transcrivant fidèlement leur rencontre dans un petit carnet de notes. Lydia  ne s' interromp jamais. Sa diction est parfaite son positionnement impeccable. Lorsque les oreilles ne sont pas touchées par la grâce de sa voix, c'est le regard qui prend le relais. Une classe incroyable dans un écrin de sobriété absolument maîtrisée. 

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lydia Koutchovskaïa

Les ressemblances entre auteures et actrices sont plus que saisissantes. Jugez par vous même. 
L' amour des grands écrivains et de leur culture russe ont soudé le destin de ces deux amies. Elles nous livrent, à travers la plume de Lydia, leurs échanges et discussions autour de la Littérature. C'est ainsi qu' on apprend assez brutalement qu' Anna déteste Tchekhov car " il n' apprend rien à son lecteur"  Lydia a toujours été  impressionnée par Anna depuis toute petite. Aussi lorsqu' elle devient sa confidente suite à la déportation de son fils, c'est avec son cœur , ses tripes et son âme qu' elle décide d' apprendre par cœur tous les poèmes de Lydia avant de les brûler clandestinement. 

Pinçant nos lèvres bleuies,
Hécubes devenues folles,
Cassandres de Tchoukhloma
Portant des couronnes de honte,
Nous serons un chœur de silence :
" Au-delà de l'enfer, il y a nous. "

POÈME SANS HÉROS, deuxième partie (strophe 25). 


Les spectateurs retiennent leur souffle, ceux  du premier rang  éclairent la scène dénudée, grise et volontairement noire . Mais il y a l' essentiel. Deux femmes qui se parlent et des livres posés sur un simple bureau de bois brut. Deux femmes qui arrivent même à faire parler un album photo que le spectateur ne peut pas voir. 

     
Une  mise en scène à la fois minimaliste et extrêmement travaillée. 
J' espère vous avoir donné envie de ( re) lire vos classiques russes comme 
Boris Pasternak et son docteur Jivago.
Et à découvrir bien sûr : 
La Plongée par Tchoukovskaïa
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Poème sans Héros par Akhmatova   


La pièce passe désormais à la maison des Métallos de Toulouse : courez vous ne serez pas déçus !