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dimanche 4 octobre 2015

Quand Anna n' aimait pas Tchekhov

la maison des métallos, lieu propice aux rencontres, débats, projections et représentations de toutes sortes, a permis la tenue de cet incroyable spectacle, véritable tranche d' humanité. Les actrices ? que nenni ! Pas d' actrices mais des femmes et quelles femmes. 

Deux ampoules sur cinq ou des destins féminins, féministes et militants hors du commun. Une pièce à la fois mis en scène et interprétée ( en partie ) par Isabelle Lafon.
Billet nocturne qui se place de lui même sous le signe de la Russie,de la Littérature et de thé amer, le tout accompagné de volutes de fumée.
Le contexte historique est lourd : celui des grandes purges Stalinienne. 
écrire pour survivre, pour se sentir vivante lorsque mari et enfant sont déportés pour leur liberté de pensée et d' écrire.  





Je vais tâcher d' être porte parole de cette pièce extraordinaire de  par sa dureté , son humanité et sa brillance. C'  est une retranscription des rencontres quasi quotidiennes entre Lydia Tchoukovskaïa et Anna Akhmatova entre 1938 et les 25 années qui suivront.






DEUX AMPOULES SUR CINQ - D.R.



brève présentation. 
A gauche, Isabelle Lafon incarne est  Anna Akhmatova, cette auteure poétesse née en Ukraine à la fin du XIXème siècle.

Anna écrit, des poèmes, la forme littéraire la plus complexe à produire. En effet, elle consiste à dire le monde avec les mêmes mots que ceux que l' on emploie quotidiennement pour inviter un voisin à venir boire le thé : "le matériau du poète c' est la boue". Anna est interdite de publication à partir de 1922 et est radiée du cercle des auteurs de littérature russe. 
Et la boue est en effet bien présente. La boue, le froid, la neige, la déportation, les rats, la famine, la peur des dénonciations. On a le souffle coupé, les larmes aux yeux, nos frissons sont justifiés et provoqués par ces phrases, ces mots, cette poésie mis en voix.


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Anna Akhmatova : 
A droite de la photographie,nous voyons la fantastique Johanna Korthals Altes qui incarne LydiaTchoukovskaïa  . Lydia est une femme de Lettres : lorsqu' elle s' exprime, c'est du bonheur à l' état pur pour nos cerveaux de linguistes.La respiration et la tonalité s' unissent pour faire sens. 
 Le père de Lydia  possédait au début du siècle dernier une maison d' édition spécialisée dans la jeunesse. Lydia va rencontrer Anna  dans son appartement pour la première fois en 1938. Elle va se  constituer   porte-parole, corps et âme d' Anna en transcrivant fidèlement leur rencontre dans un petit carnet de notes. Lydia  ne s' interromp jamais. Sa diction est parfaite son positionnement impeccable. Lorsque les oreilles ne sont pas touchées par la grâce de sa voix, c'est le regard qui prend le relais. Une classe incroyable dans un écrin de sobriété absolument maîtrisée. 

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lydia Koutchovskaïa

Les ressemblances entre auteures et actrices sont plus que saisissantes. Jugez par vous même. 
L' amour des grands écrivains et de leur culture russe ont soudé le destin de ces deux amies. Elles nous livrent, à travers la plume de Lydia, leurs échanges et discussions autour de la Littérature. C'est ainsi qu' on apprend assez brutalement qu' Anna déteste Tchekhov car " il n' apprend rien à son lecteur"  Lydia a toujours été  impressionnée par Anna depuis toute petite. Aussi lorsqu' elle devient sa confidente suite à la déportation de son fils, c'est avec son cœur , ses tripes et son âme qu' elle décide d' apprendre par cœur tous les poèmes de Lydia avant de les brûler clandestinement. 

Pinçant nos lèvres bleuies,
Hécubes devenues folles,
Cassandres de Tchoukhloma
Portant des couronnes de honte,
Nous serons un chœur de silence :
" Au-delà de l'enfer, il y a nous. "

POÈME SANS HÉROS, deuxième partie (strophe 25). 


Les spectateurs retiennent leur souffle, ceux  du premier rang  éclairent la scène dénudée, grise et volontairement noire . Mais il y a l' essentiel. Deux femmes qui se parlent et des livres posés sur un simple bureau de bois brut. Deux femmes qui arrivent même à faire parler un album photo que le spectateur ne peut pas voir. 

     
Une  mise en scène à la fois minimaliste et extrêmement travaillée. 
J' espère vous avoir donné envie de ( re) lire vos classiques russes comme 
Boris Pasternak et son docteur Jivago.
Et à découvrir bien sûr : 
La Plongée par Tchoukovskaïa
Ajouter une légende
Poème sans Héros par Akhmatova   


La pièce passe désormais à la maison des Métallos de Toulouse : courez vous ne serez pas déçus ! 

samedi 1 août 2015

Les femmes peintes ou dépeintes par Pierre Bonnard.



Je ne savais absolument rien, rien de rien de Pierre Bonnard si ce n' est qu' il a succédé à l' Impressionnisme sans forcément en faire partie ni en y étant directement associé.
Pour preuve, on pense immédiatement à Monet, Van Gogh , Gauguin mais jamais à Bonnard.



Contrairement à ce que j' ai pu lire sur les œuvres de Bonnard qui se voudraient résolument optimistes car flamboyantes pour la plupart, je considère qu' un grand nombre poussent plus à la réflexion qu' à l' admiration purement décorative. 

C'est ma vision un peu plus sombre et singulière sur certaines de ses œuvres que j' ai envie de partager avec vous.

 L' exposition qui avait lieu dans la salle d' exposition temporaire du musée d' Orsay se nomme Pierre Bonnard : peindre l' Arcadie.
Voici donc cette magnifique affiche : 
ce tableau fait partie de la section Histoire d' eau


On y découvre avec subtilité ce magnifique corps de femme, relevant son chignon d' un geste sensuel, empli pourtant d' une banalité déconcertante. Bonnard éveille tous nos sens. Plissons les yeux face à la luminosité du panneau fleuri du premier plan. Cette lumière quasi magique pourrait-elle vraiment émaner d' un mur ? 
 Sentez sous vos pieds nus, le feutre de la moquette ou du tapis fleuri de roses pivoines, pleines, rondes et charnues, en réponse aux hanches, aux bras et à la poitrine du sujet.
Les couleurs sont plus qu' éclatantes : elles luisent, elles brillent, elles vibrent. Elles donnent du relief; c' est  digne d'une photographie. Ce n 'est donc pas pour rien que Bonnard commence  à pratiquer cet art au milieu de sa carrière. 
Mais le côté pas feutré sur cette moquette, implique un côté voyeuriste de l' artiste qui me dérange. Le modèle se pense seule dans ce moment d' intimité. 

Bonnard met en avant dans ses peintures le corps de la femme. Elle est souvent au cœur et au centre de ses tableau. Mon premier coup de cœur féminin va pour ce tableau, qui est en réalité une détrempe sur molleton. 

Le peignoir ( détail), 1890
A la manière de Klimt, le corps de cette femme épouse parfaitement le cadre structurel qui l' entoure. 
On peut se poser la question de la domination. Le cadre épouse les formes du corps ou est-ce bien l' inverse ? Les motifs de ce peignoir sont répétés de façon très intense, comme imprimés par sérigraphie sur de la soie. Une  limite incertaine est  créée par la superposition  de ces  motifs avec le fond du tableau, moins lumineux, dans des tons plus verdâtres qui contrastent avec l' ocre et le marron de la chevelure.
Un autre détail me questionne, celui de la perspective. Comment le sujet est peint ?  Le sujet est ( dé)peint de dos. Les contours de la silhouette sont  invisibles, les courbes sont entourées d' étoffes. On ne voit nullement le cou du sujet, comme si le visage cherchait à se cacher de lui même. On peut imaginer que Bonnard peint un reflet, comme s' il avait besoin d' un miroir pour créer sa propre réalité. Où est la bouche, où est le nez ? Bonnard a fait de sa femme Marthe l' un des principaux sujets de nus de ses peintures.
 Marthe arrive-t-elle à respirer sous ses habites de lumière ? Où est son corps tant admiré et dépeint ? La force de ce tableau c'est qu' en tant que femme , j' ai eu envie de déchirer la toile pour libérer Marthe de son carcan et de découvrir la beauté de son corps.



Un autre tableau m' a énormément marqué car il dépeint une de mes activité préférée dans la vie :  La sieste ! Admirez plutôt cette oeuvre légendée de son titre optimiste qui ne l' est pourtant pas selon moi : 

Femme assoupie sur un lit, dit aussi l' Indolente 1899



 Des similitudes qui ne trompent pas avec les deux autres représentations évoquées plus haut : 
- la photographie de l' intime
- le flou des contours autour du visage et du regard
- une intimité mise à nue, complètement découverte

En m' approchant du tableau, un profond malaise m' envahit. Loin de la sérénité habituelle que me procure la sieste et ses endormissements, je ressens comme un enfoncement de ce corps dans le sommier en bois du lit. Marthe prend-elle racine ? Les couleurs toujours sombres et verdâtres sont éloignées du flamboyant de Bonnard . Le corps semble totalement couler, sombrer dans le sommeil ou la dépression. Le drap blanc se confond avec des volutes de fumée de cigarettes que l' on espère éteintes. Sans pouvoir expliquer pourquoi, ce corps de femme me touche au plus profond de ma sensibilité. A quoi rêve-telle ? est-elle heureuse ? Et surtout, s' imagine t-elle que des milliers de spectateurs vont pouvoir décortiquer son anatomie, alors qu' elle même dort .... Là encore, respect de mon corps et droit de veto sur qui le regarde. 

Bonnard fut un homme indécis dans ses choix de cœur . Il fait ce choix admirable ( au sens premier du terme ) de représenter sa femme Marthe et sa maîtresse Renée Monchaty dans un même tableau. en 1925 pourtant, Bonnard épouse ( enfin) Marthe, ce qui poussa Renée au suicide. Bonnard retravailla ce tableau après la mort de sa maîtresse, tableau qu' il avait débuté avant son mariage.

Jeunes femmes au Jardin
C' est Renée qui est au centre du tableau. Ce n' est qu' après un examen attentif que l' on remarque la coupe au carré stricte de Marthe.
Pourquoi représenter sa femme et sa maîtresse ? Est ce que Bonnard exprime un mea culpa ? un regret ? ou est-ce un subtil clin d' œil au dos de la chaise de Renée qui signifie la roue tourne ...... Peut-être que certains y verront du courage, de l' intégrité et de l' honnêteté. Pour ma part, je vois surtout un homme qui n' arrive pas à se décider au détriment d' un cœur qui bat. J' y vois plutôt de la culpabilité.
Une dernière série de peintures va accentuer ce sentiment, celui des baignoires et des corps nus qui flottent. 
Là aussi les corps sont encadrés et engoncés dans des baignoires, la raideur des corps est quasi cadavérique. Je vous laisse admirer
Le bain, 1925
Nu dans le bain, 1925

 Dans ce dernier tableau, il est particulièrement intéressant de supposer que Bonnard est au second plan. On retrouve toujours les attributs précédents mais l' homme au peignoir n' essaie-il pas de se faire pardonner ? 

Nu dans la baignoire, 1925


Même si j' ai choisi des tableaux qui posent des questions existentielles sur l' amour, la pérennité du couple et l' intimité dévoilée, Bonnard est aussi  un génie de la figuration des couleurs. Sa sensibilité accrue le pousse à observer minutieusement son sujet jusqu' à l' obsession. Rien n' est laissé au hasard. Mon ami B m' a dit de Bonnard " avec ses couleurs, on se dit aujourd'hui ce mec pourrait être graphiste. Il l' est en fait mais avec ses yeux et ses pinceaux".



samedi 23 mai 2015

Hatufim : le droit au bonheur ?

Bonjour à tous.
Aujourd' hui j' ai envie de vous parler de l' excellentissime série Hatufim.
Je l' ai découverte par hasard sur Arte.
Hatufim signifie littéralement en hébreu " prisonnier".
Le synopsis est profondément ancré dans une réalité historique omniprésente :le conflit israélo-palestinien. Lors d' une opération militaire menée au Liban, 3 soldats israéliens sont  maintenus en captivité durant 17 ans.
La première saison débute sur la libération de deux d' entre eux et leur retour quelque peu traumatique dans leurs familles respectives. On imagine bien qu' en 17 ans, les gens changent et les contraintes sociétales évoluent.
Les prisonniers
La première femme à gauche au premier plan s' appelle Nourit, elle a 20 ans lorsque son jeune fiancé Uri  part dans cette fameuse expédition. La seconde femme Talia, un peu plus vielle a déjà une petite fille et attend son second enfant lorsque Nimrod part.
Comment ces deux femmes ont-elles menées leur barque pendant toutes ces années ? 
Une tension et une haine de Talia envers Nourit . Pourquoi ? 
La question que je me pose est la suivante :
Que faire pendant 17 ans ? Attendre ? reconstruire sa vie ? Faire son deuil sans jamais connaître la vérité.


Ce n' est pas la première série qui aborde cette thématique du retour traumatisant et de la capacité de l' être humain à vivre avec ou vivre sans. Lorsque l' on a espéré un retour ou redouté une mort certaine, a-t-on le droit de s' autoriser un : c' était mieux avant; c' était plus simple avant, pas de cauchemars, pas de non-dit, pas de tabou.

Ne vous méprenez pas ! On est bien loin des feux de l' amour à l' oriental.
Cette série permet aussi de mieux visualiser les changements technologiques qui ont profondément changé nos comportements. Nimrod et Uri vont apprendre dans une douleur certaine à ne pas s' humilier en société : Internet ? téléphone portable ? frappuccino glacé ? Un beau clin d' oeil à nos habitudes de consommation.

Je ne peux pas vous en dire plus car bien sûr il y a toute une intrigue policière derrière tout ça. Et la caméra passe aussi côté Palestinien et c' est ça qui me plaît. Une frontière militaire, deux statuts de femmes. Mais tout n' est pas manichéen loin de là. On dépasse les clivages traditionnels : voile versus maquillage ou mitraillette versus paroles du prophète.

Pour ceux qui ont le temps, dans une autre mesure, je vous rappelle l' excellente série Rectify.

 Daniel 40 ans, sort de prison après avoir été libéré faute de preuves incriminantes . Il a été accusé à 16 ans du meurtre de sa petite amie. Là aussi, le retour dans la famille est chaotique. Mais là aussi on retrouve une très forte figure féminine ( un peu trop sensible à mon goût ) : sa grande sœur Amantha. Un portrait assez bouleversant du mécanisme judiciaire américain y est dévoilé. On sort de prison sans être innocenté.
Bonne découverte




vendredi 3 avril 2015

Féminité exacerbée à la Halle Saint Pierre

Bonjour à tous, 
Un petite pause aujourd'hui pour vous en mettre plein les mirettes. Certains collègues se moquent gentiment de moi avec mes articles " sur des expos glauques et sordides". Donc je continue pour vous présenter quelques œuvres picturales découvertes dans un de mes lieux fétiches parisiens La Halle Saint-Pierre. 
Dès que je m' engouffre sous cette verrière, le bruit des flashs et des talons qui martèlent les marches de la Butte s' évanouissent. Une odeur de café vous chatouille les narines et un petit diable cornu vous chuchote dans le creux de l' oreille : "rentre dans cette fabuleuse librairie dédiée à l' art naïf, la folie artistique et la folie humaine."
 Ta carte bleue te dira merci et ton chéquier à la fin du mois aussi ! 

Du 21 janvier au 14 Aout 2015, la Halle Saint Pierre s' associe aux éditions des Cahiers Dessinés pour nous offrir une exceptionnelle expo sur le dessin. Dessin figuratif, décoratif, humoristique, torturé, érotique, militant, (de) presse, illustratif, dérangeant ou souriant. Il y en a pour toutes les mirettes. 
 Le dessin n' est plus perçu comme le brouillon préambule de l' artiste mais bien comme un moyen d' expression aussi fort et puissant que peuvent l' être la sculpture ou la photo.
  • La salle du bas est comme à son habitude plongée dans le noir. Les seules ombres calfeutrées qui se reflèteront sur les œuvres seront celles de vos corps plongés dans une interrogation continuelle pour tenter de capter l' intention des dessinateurs. No flash, No Photo No comment. Respiration coupée. A part 4 petits dessins de Victor Hugo et de Roland Topor, Sempé et Tomi Ungerer je ne connaissais AUCUN artiste.
  • Lorsque l' on grimpe les marches dégingandées, on atterit dans une deuxième salle immense, blanche , rehaussée de cette verrière majestueuse que j' aime tant. On y respire plus facilement pour admirer des œuvres à mon sens plus accessibles car pour beaucoup éditées dans le monde de la presse et de l' illustration. Les noms sont un peu plus connus ( enfin pour ceux qui commentaient autour de moi !).
Jean-Michel Jacquet Exposé en 2004 à l'Espace Courant d'Art.
J' ai décidé de ne pas commenter d' œuvres particulières  mais de vous laisser découvrir celles qui m' ont particulièrement marquée. En espérant que cela vous donne envie de découvrir cette expo si particulière qui bouscule l' intime et notre représentation du monde et de la féminité . 
Féminité moderne épurée versus les grottes de Lascaux dans ce dessin de Jacquet



Paris ou Bourges  dans les marécages début 20ème; dessiné par un homme transgenre  à la fois clochard virtuose  et femme déguisée. Hommage à Marcel Bascoulard.




Les cahiers dessinés...
Bascoulard : Dessinateur virtuose, clochard magnifique, femme inventée


Un bond dans le temps avec ce dessin de Mélanie Delattre-Voght

Un dessin tout en rondeur courbe et dilution d' aquarelle qui donne un sentiment de malaise malgré sa féminité exacerbée. Viscères et boyaux supportent en eux cette matière gluante qui véhiculent tant la mort que la vie
Son titre : La vie dans les plis ( 2009) . Oeuvre  inspirée de l' œuvre d' Henri Michaux qui porte le même titre.



Le clair obscur dessiné tout en nuance de gris ( c' 'est d' actualité paraît-il).
Anne Gorouben, 2009.

Extrait de "100 boulevard du Montparnasse"
Parcequ' on ne peut pas la prendre pour un Pigeon Laure. La preuve :

Laure Pigeon dans son œuvre, réinvente les matières associées à la féminité pour les détourner et les mettre en valeur brutalement. Les volutes de fumée sensuelles peuvent asphyxier, les motifs floraux suffoquent et transpirent quitte à exploser de couleurs. On imagine la nausée qui émane de ces parfums capiteux.  La dentelle devient sous la mine graphite du grillage tranchant. 

Jacob, le père d'après Bruno Schulz

Un dessin qui m' a énormément plu. Quand je me suis renseignée sur l' artiste voici ce que j' ai trouvé : Les corps des acteurs, mannequins, marionnettes et objets se mêlent ici au silence et au vide, à la musique, aux murmures et aux chuchotements dans une langue inconnue. Plusieurs sujets se télescopent dans cet univers schulzien, autour de la folie, de la féminité, des origines et de l’identité ; autour du démiurge et de sa créature, de l’artiste et de la naissance de l’art…
étonnant non ?




allez encore Une : Josefa Tolrà : hommage à une catalane méconnue.
Un univers proche de Klimt mais aussi Muncha et Joana Vasoncelos.
et pourtant, cette femme a commencé à dessiner à 70 ans sans aucune technique, en totale liberté. De ses calligrammes émanent de la magie.  Ses dessins enfantins et simples sont une lutte contre la dépression. Cette cartomancienne du dessin dépasse toutes critiques.
les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak img_6009-josefa-tolra1.jpg (827×551)


Allez encore Une mais promis c' est bientôt fini.
Les monstres féminins, des créatures  hybrides, des enfants avec des excroissances, des corps féminins déformés : c'est très déroutant. Mais cela résume bien la vie de Unica Zurn, née à Berlin en 1916. Unica perd très tôt ses parents, accouche sous les bombes ( au sens proprement historique). C'est à la suite de son divorce, qu' elle perd la garde de ses enfants ( rare à l' époque). Sa rencontre avec Hans Bellmer va la propulser sur la scène surréaliste.
Elle mène une vie de Bohème, sa personnalité border et son internement à Saint-Anne la mèneront au suicide en Octobre 1970
zürn

 Je trouve cela magnifique et douloureux.

Allez La boucle est bouclée. J' ai débutée cet article par une femme qui boit un verre de rouge. Voici ma seconde activité préférée : La Sieste parfaitement dessinée par Felix Vallotton







Profitez de ce week- end  prolongé pour courir voir cette expo.





























jeudi 26 février 2015

Georgette découvre la maison rouge.

Ce soir, un petit billet coup de cœur coup de poing. En effet, je suis une inconditionnelle de la Halle Saint Pierre mais là c' est un autre lieu que j' ai envie de vous faire découvrir.
Moi qui suis la reine des quiches  des pommes (c'est meilleur pour la ligne) de l' Histoire des Arts, je suis toujours partante pour aller découvrir de nouveaux lieux d' exposition.
Donc en me rendant à la maison rouge, je ne savais absolument pas à quoi m' attendre.... et là bim : claque assurée. On me distribue un petit fascicule noir, je suis pressée de rejoindre mon amie L, venue avec ses deux enfants en poussette. Je me suis dis : ça va être une expo ludique, j' emmènerai peut être mes piou-piou avec le prof de pinceau.....
NON il faut emmener soit les bambins endormis  soit des lycéens et encore....
J' ai découvert les dessins à couper le souffler de Jérôme Zonder dans son exposition FATUM.
La maison rouge est le premier lieu où ce dessinateur parisien a accepté d' être exposé. Attention Jérôme Zonder a créé de toutes pièces les décors de son expo. 
On est immédiatement plongé dans un univers violent,  sombre, torturé et profondément militant. 
La première pièce est recouverte de végétation.
vue de l' expo dans la première salle
 La première série de dessin donne le ton : crâne évidé, viscères tombantes, visages déformés, sexes balafrés,  enfants sadiques, reptiles angoissants, nazi affichant un salut qui donne envie de vomir.... 
Jérôme Zonder, 'Les Fruits de McCarthy #2', 2013 / Courtesy Galerie Eva Hober, Paris

Tout y passe. Bambi est mort depuis longtemps mais l' univers de Disney omniprésent et dérangeant. Ces dessins contrastent avec des décors naïfs : un pommier, un chat au sourire de Joker...




Absolument tout est en noir et blanc, que ce soit les dessins exposés que les décors, il y a même des couloirs tout blanc et tout noir. et sutout Jérôme Zonder ne gomme rien : IL EST CONTRE ce principe d' effacer et de recommencer en oubliant le passé. 
Jérôme Zonder, "Pierre-François", 2011. incroyable: ceci n' est pas une photographie
Pour ceux qui iront à l' expo : regardez attentivement la série intitulée Les fruits du dessin, introuvables sur le net. C'est simple ces portraits auraient pu être pris en photo avec un filtre noir & blanc.....
Fatum réussit ce pari de l' Histoire indélébile. Le visiteur est marqué par cette cruauté mise en scène souvent par des adolescents voir même de très jeunes enfants....
 De plus en plus insoutenable .....
Jeux d' enfants #1, 2010 ; collection Antoine de Galbert, Paris.


Si j' ai choisi précisément ce dessin c'est qu' il rassemble tous les éléments caractéristiques de l' expo
- une précision du trait qu l' on pourrait croire à une photographie floutée par un ordinateur. Le dessin qui floute la réalité, c'est la première fois que je vois ça. 
- au niveau des représentations, la scène de torture est sciemment menée par des fillettes en culotte courtes et converses ! Le masque morbide ( ou les orbites creuses ) confronte le spectateur à sa participation active.Il regarde, il est témoin, nous sommes tous des tortionnaires par notre immobilisme. 
-Le clin d' œil est tellement gros qu' on pourrait presque le louper : notre Belle a perdu son clochard au profit d' un petit garçon suffocant. âmes sensibles s' abstenir.

Les autres salles sont moins sombres et les dessins présentés évoluent. L' Amérique est bien évidemment dans le cœur de cible mais la tragédie nazie et les génocides aussi. 
Un autre technique est utilisée : les empreintes de doigts plongées dans la mine de graphite ou de fusian  deviennent à la manière des impressionnistes, un tampon qui se répète à l' infini. Ainsi se sont les nuances de gris des mines plus ou moins concentrées ( non non pas les 50 ) et l' espace blanc qui créent du volume et des fortes sensations d' étouffement. Certaines scènes seraient des représentations réelles de chambres à gaz.....


érôme Zonder, 'Chairs grises #11', 2014 / Courtesy Galerie Eva Hober, Paris
L' expo finit en beauté avec une belle allégorie de l' autopsie de la belle Garance. Au poil près tout y est : 4 immenses  panneaux qui recouvrent et découpent au scalpel l' anatomie humaine.
Autopsie de la jeune fille, rêve de Garance, 2015.

Allez y courez c' est jusqu' au 10 mai 2015 et vu que tous les mots sont trop faibles pour décrire cette étrange expo ....

Ma copine L n' a pas de souci à se faire : elle va pouvoir réutiliser cette technique du doigt plongé dans l' encre mais je sais  qu' elle adaptera le modèle à représenter ! 

mercredi 17 décembre 2014

Zelda, nous voilà

C' est avec beaucoup de bonheur aujourd’hui que je me lance dans l' écriture de cet  article, qui j' espère fera honneur à son initiatrice. Je vais tenter de vous faire un mini résumé de la soutenance de thèse de ZDC intitulé : 
La chirurgie comme métaphore esthétique de la perte.

Si comme moi vous n' avez rien compris à cet intitulé pas de panique. ZDC explique avec sa verve et son langage qui la caractérisent que l' amour peut être à tout point de vue comparable à une opération chirurgicale. Elle inscrit ses travaux de recherche dans une démarche théorique pour que les Arts-Plastiques et la Littérature parviennent à sublimer l' acte chirurgicale. 


Comment rendre concret cet objectif ? 

ZDC a créé un moyen-métrage KRANK dont je vous laisse découvrir le synopsis : Un chirurgien, le Dr Aliza Hadar, a mis au point une intervention afin de guérir le mal d’amour. Un nouveau patient, Zillan, arrive à la clinique, le chirurgien va être déstabilisé au contact de cet homme. Quant à lui, dans l’attente de son opération, il tente, entre rêve et cauchemar, de survivre à son chagrin.

Il est ainsi plus aisé de comprendre la démarche et la finalité de ce travail. Zelda a travaillé sur des scènes qui sont habituellement censurées dans le monde des Représentations ( romans, photographies, sculptures). Elle met en avant les gestes quasi chorégraphiques d' une opération. Le sang, les instruments d' acier, les blouses bleues et les gants de latex sont autant d' éléments artistiques sublimement orchestrés.  Zelda explique que l' acte chirurgicale en lui même peut être source de désir. Un scalpel devient une métaphore phallique, les viscères et le sang matérialisent la peur d' un avenir inconnu, ce que l' on ne voit pas et qui est caché par la peau. Peu à peu le lien entre opération et rupture amoureuse fait sens : intrusion de corps étranger, état d' inconscience, réveil cuisant lors d' une rupture, cicatrices, séquelles, rééducation. L' état d' endormissement dû aux somnifères peut être comparé aux endorphines qui plonge l' être humain dans une cotonneuse euphorie pendant l'acte sexuel ou un sommeil à deux. Le sommeil artificiel est une perte de conscience, une perte de contrôle de soi.
Zelda fait le lien entre KRANK et Nip Tuck , série américaine qui met en scène de manière directe, quasi-documentaire,  la cruauté et la violence des actes chirurgicaux dans un cabinet de chirurgie esthétique.
Il y avait énormément de monde venu assister à la soutenance de Zelda mais voici ce que j' aurais aimé lui indiquer comme référence en littérature contemporaine qui m' ont fait penser à son travail :


Monstres invisibles, Chuck Palahniuk


Les Survivantes
Les survivantes, Lalie Walker















Ces deux ouvrages traitent également de mutilation, d' amour et d' actes chirurgicaux. Chuck Palahniuk rappelons le, est l' auteur de Fight club. Monstres invisibles est subversif à souhait et ce thriller à chute vous laissera totalement sur le carreau. Le polard de Lalie Walker est plus édulcoré dans l' écriture mais si comme moi vous êtes migraineux, vous ne vous sentirez jamais aussi proche d' Anne Boher, médecin légiste à la morgue de l' hôpital publique de Strasbourg encline à des hallucinations et accès de folie. 

En tant que plasticienne, le travail de Zelda ne se limite pas à de simples comparaisons entre ses objets de créations ( elle présente également des photographies de liposuccion en bloc ) et une série télévisée.
Une vague déferlante de références artistiques et bibliographiques qui m' étaient jusqu'alors inconnues  me sont parvenues. Je ne pourrai malheureusement pas toutes vous les citer ici  mais en voici un modeste aperçu 


Max Oppenheimer , Flagellation, 1913



Otto Dix, Blessé 1916



Michel Journiac, autel portatif : messe pour un corps 1960

La plasticienne et auteur  Sophie Call pour son travail :  Douleur exquise  : livre et installations autour d' une rupture amoureuse




Sophie Calle, Douleur Exquise, 2007, Performance, Centre Pompidou, 


Un des artistes  incontournables de son travail n' est autre qu' Orlan.



Ses opérations chirurgicales deviennent performances artistiques mais pas que !



Ses œuvres tangibles plastiques, elle les a conçues avec son corps, ses opérations chirurgicales et ses propres cellules.
Elle propose une psychanalyse sur la condition de la femme : Pourquoi les souffrances sont -elles autan inscrites dans les chairs ? Pourquoi corps de la femme est-il constitué de souffrances, cicatrices et traumatismes alors que la terre elle-même est peuplée pour moitié de féminité ? 

Cette semaine, alors que cette soutenance résonne encore dans ma tête j' ai acheté au Monte-en-l'air ( Paris XXème ), deux ouvrages qui ont particulièrement attiré mon attention. Je les chroniquerai promis dans un billet post vacances scolaires.
Il s' agit de l' oeuvre de Thomas Mann :  ainsi que


le recueil de poèmes de Georges Bataille 

J'espère que cette petite présentation vous donnera envie de creuser ce sujet. Cela permet aussi de voir différemment les différents débats qui agitent la scène politique sur le droit à l' euthanasie ou le droit de mourir dignement. Déjà dès l' époque Antique, la chirurgie plastique était monnaie courante et beaucoup de célébrité mourraient en voulant ressembler aux modèles inimitables des artistes de l' époque. En Asie, les opérations à coeur ouvert pouvaient avoir lieu grâce aux technique d' acupuncture. Philosophes, hommes de Lettres, scientifiques, militants, beaucoup  se sont penchés sur la question de cette "mort " clinique pendant une opération, de la cicatrisation de l' âme et du corps. On endort pour mieux vivre, parfois pour mourir. 
Dans tous les cas grâce à Zelda, et à travers son oeuvre de recherche, on comprend que le plus important dans une vie c'est l' amour, c'est  vibrer, c'est  sentir battre un cœur  pour mourir, inexorablement.