Affichage des articles dont le libellé est Cirque. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cirque. Afficher tous les articles

mardi 1 décembre 2015

petites boîtes pour grand spectacle.

Mon amie M, qui a toujours son agenda rempli de sorties en tous genres, me propose d' aller voir la pièce suivante:
Les sept planches de la ruse , mis en scène par Aurélien Bory. 
Dans mon esprit étriqué et sûrement trop formaté par les études littéraires, avec un nom pareil, je m' attendais à une pièce de Tchekhov, une pièce slave avec des violons et des miettes de kouglof qui viendraient se loger dans nos joues rougies par le thé !

 Une semaine après les attentats, je suis encore plus heureuse à l' idée de me rendre au 104. Ce soir - là je ne reconnais pas le quartier, moi qui traverse la rue Riquet tous les jours pour aller travailler. Une foule compacte se presse devant l' imposante entrée grillagée , un clin d' œil habituel au crâne de Nicky, une lampe torche négligemment plongée dans mon sac et nous voilà en train de patienter dans l' une des deux allées. On s' installe enfin sur des gradins , on rentre le ventre on respire un grand coup et là en levant la tête un immense ciel étoilé surplombe la scène Cet instant là aurait eu toute sa gloire dans un épisode amélie poulain.
Afficher l'image d'origine
Je ne sais toujours pas ce qui m' attend. Le silence complet se fait et pour une fois, même pas une petite vibration d' iphone ne retentit. Le bonheur. 
Le son d' un instrument à corde , pur et net à la fois vient chatouiller nos tympans. Une silhouette minuscule éclairée telle une estampe joue sur un énorme bloc en bois. Rien n' est éclairé mis à part ce corps qui ondule et qui soudain disparaît dans ce cube . Au milieu de la scène : on ne voit plus que ça :

Vous pensez à un Tangram ? C'est un jeu de bois vieux comme le monde qui consiste à créer une forme géométrique globale en assemblant des petits morceaux constitutifs.
L' origami serait une sorte de tangram plié.


Et pourtant, en approchant vos mirettes entre les formes géométriques, si vous scrutez attentivement ces petites lignes blanches, vous pourriez presque apercevoir des corps en mouvement. 
Voilà le parti pris de la pièce : le corps s' immisce au moindre courant d' air
C'est un exploit musculaire et artistique que nous offrent les artistes de l' opéra de Pékin. 
Ils déstructurent à souhait le cube pour en faire tantôt des vagues, tantôt des escaliers.
La musique se modernise, les pas se font plus rythmés, les respirations des 13 artistes plus saccadées. Sûrement un pied de nez au rythme de la vie occidentale : plus ! plus ! toujours plus vite ! toujours plus performant ! toujours plus optimisant. 

Ce que j' ai trouvé fantastique c'est que les acteurs sont de vrais modèles d' humanité : grand, petit, replet, rond, fin, vieux, jeune : un vrai échantillonnage de monsieur madame mais avec en prime des heures et des heures d' entraînement.

Tout le long, je n' ai pas arrêté de me dire : on final on finit tous dans une boîte. Ici c'est pareil : les artistes sont partout : dessus, dessous, à cheval, entre, suspendu en équilibre et bien d 'autres.....

Cela m' a fait penser aux boîtes à la fois si simples et si complexes de Donal Judd. 
Afficher l'image d'origine
 Dans ces installations, comme chez Bory, c'est l' ombre et le vide qui permettent à l' homme de donner du sen à des pensées comme à son corps déployé.Résultat de recherche d'images pour "boîte de donald judd" 

Il y a des moments où le corps ne fait plus qu' un avec ces formes géométriques imposantes. Un clin d' œil à ce cher cheval de Troie, objet de bois d' où fourmille des vies humaines prêtes à se battre.


Afficher l'image d'origineLe suspense est à son comble lorsqu' à la seule  force des chevilles, les athlètes se hissent entre deux blocs pour glisser tout naturellement  jusqu' à retrouver la terre ferme. Je vais sûrement loin dans mon interprétation mais le fait de confronter la chaleur d' un corps à de la matière inorganique nous remet face à l' histoire et aux choix fascistes de hommes qui continuent de plonger les hommes face contre terre.  Le sang, le souffle, le battement de cœur se heurtent  à de la matière noire, dure et immuable comme en témoigne si bien le mémorial de l' holocauste à  Berlin.

Pour ne pas finir sur cette vision cauchemardesque, un extrait de la  pièce qui  sera de nouveau jouée au théâtre de la ville à la saison 2016. Désormais, c'est à vous de jouer !

lundi 24 novembre 2014

Les Lilas, nous voilà.

Un petit billet ce soir pour vous donner envie de vous..... jeter dans l' arène.
Si comme moi, vous avez toujours eu peur du masque de clown et que les pierrots désarticulés vous donnent le cafard, alors il est temps de vous faire découvrir : Le cirque électrique.

Ce chapiteau tout de rayures rouges vêtu, qui se dresse entre des terminaux de la RATP et un restaurant ( buffet) chinois à volonté, dénote complètement avec son environnement. Lorsque l' on s' approche de plus près, quelques crêtes roses et canettes de 8.6 qui jonchent le sol.
Le festival Punk de Mont de Marsan ? Point du tout.
Le cirque électrique revisite l' art dont il porte le nom dans une dynamique rock'n'roll et bas-résille.

J' ai eu l 'immense privilège d' assister au dernier spectacle de la troupe issue du chapiteau.
émotions, frissons et nœud dans le ventre sont  garantis.
La troupe s' appelle STEAM. Les artistes, chacun leur tour dans leur propre discipline et dans un enchaînement parfait qui frise la cadence militaire , vont mettre en scène la décadence d' une Europe qui vacille, à l' image des néons jaunâtres qui clignotent péniblement sur scène.
Une performance d' artistes exceptionnelle où l' on retrouve les arts plus traditionnels du cirque : voltige, jonglage, trapèze, contorsion.....
sans oublier le " fait maison" en matière d' animations musicales et de lumières. 


6


Les artistes sont envoûtants. Le spectateur va s' installer dans les gradins désarticulés sous l' œil de cette troupe qui vous désamorce dès le premier coup d" œil. Les femmes sont de statures carrées, les poitrines menues et musclées  enserrées dans des filets de résille; à la limite de l' androgyne. Quant aux hommes, leurs corps sveltes et légers semblent s' envoler au dessus du cube d' acier qui sert de décors.
1
7

Le spectateur est happé par ces corps aux courbes travaillées sous l' effort que l' on imagine répété des centaines de fois. Le message politique est clair :
le monde va mal : ni Dieu ni maître.
Libérons nos corps et vibrons. 
Ce qui est vraiment beau, c' est de se sentir aussi proches de ces artistes. Le spectacle est fini, tout le monde se retrouve sur la piste pour échanger, applaudir, et tenter de capter au sein de la rétine une dernière paillette......
Merci Cam pour ce beau cadeau.