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dimanche 8 avril 2018

Ceija Stojka à la Maison Rouge.

C'est un jeudi après-midi pluvieux. Il est 14h40 et aujourd'hui c'est décidé je m'enfuis du collège.
- " Bah dis donc Georgette ! tu rentres déjà ? tu restes pas pour le conseil péda ?
- Bah non tu vois je suis une feignasse qui sort à la fin de sa dernière heure de cours comme tous profs qui se respectent. D'ailleurs moi je te demande des comptes sur ton p**** d'emploi du temps d'agrégé !!!"
Bien évidemment je n'ai pas répondu ça. ça ressemblait plutôt à 
" à demain ! bonne soirée je vais me faire une expo " .... dont on m'a parlé comme toute petite bobo gauchiste prof et privilégiée par son statut de fonctionnaire très souvent gréviste 
( qui plus est provinciale bouh les parisiens disent que nous sommes les pires ! ) Bref en allant à la Maison Rouge je ne savais pas à quoi m'attendre juste que ça risquait de me retourner les tripes. J' ai eu la chance de me greffer à une visite guidée par l'exceptionnelle médiatrice que je tiens à remercier Elora Weil-Engerer. Elle a sublimé cette exposition hors du commun.

Fait remarquable, parmi les visiteurs il n'y avait  que des femmes. Le vigile en riant  me dit  : " C'est vrai vous avez raison  il n' y a  presque que des femmes qui viennent admirer le travail de Ceija( prononcez Chaya ). Et puis c'est surtout à cause de la deuxième expo sur les poupées ! "

Le cadre est posé. Un historique sur les racines roms des roms et des tziganes nous accueillent. On en a tous bien besoin de s'intéresser à eux enfin, à leur histoire, leur culture, leur manière de vivre.
Les peintures de style naïf de Ceija Stojka sont époustouflantes de réalisme et de cruauté. 

 Cette combattante née à Vienne en 1933 fut déportée à 10 ans avec toute sa famille. Loin des livres d'histoire, le destin de ce génocide oublié : celui des roms et des tziganes. Ce traumatisme de la déportation, Ceija en est ressortie miraculeusement vivante non pas une ni deux mais trois fois. Regardez bien le symbole nazi dans les veine de la cornée de cet oeil ( de Moscou ?) ou encore ce tatouage ignoble Z comme Zigeuner, tzigane en allemand que Ceija porte sur le bras gauche. Sans parler des corbeaux grouillant dans le ciel tel des insectes  qui sont les seuls êtres vivants venant  contrecarrer la pureté de ce ciel bleu.

En 1945, 90 % de la population rom a été exterminée. Le statut de génocide fut reconnu très tard 
( trop tard ) car pendant un demi siècle, on considérait encore les roms comme des criminels et non pas comme des êtres humains.

Ce n'est qu' à l'âge de 55 ans, que Ceija sort du silence. Tel un jet d'immondices qui débordent d'une poubelle, elle peint, dessine, écrit. De gros aplats de couleurs vives, des paillettes, des perles et du sable multicolore viennent accrocher notre regard.  Des roulottes ?  oui mais là encore. Prenons de la distance avec nos préjugés. Comme l' explique notre guide, il y a très peu de roms itinérants. Ceija fait exception car sa famille vendait des chevaux. Ils étaient donc au 3/4 de l' année sur les routes.
Les cieux dépeints par l'artiste sont toujours lumineux, envoutants. Ils viennent se frotter aux motifs parfois naïfs, quasi enfantins des souvenirs traumatiques de l'artiste. J'apprends ainsi que dans la culture rom, on ne parle pas des morts ni des deuils. Le silence est d'or, on ne se recueille pas sur les tombes mais le recueillement se fait par les chants et le port de couleurs vives. Ce qui pourrait expliquer que le témoignage de Ceija ait agi comme une véritable bombe à retardement. Elle qui s'est réchauffée sous des cadavres en putréfaction, certaines de ces œuvres font encore aujourd'hui polémiques. Ce petit train sorti de son imaginaire semble constituer l'illustration un conte de fée malgré la bannière nazie. Ceija a 10 ans lorsqu'elle est déportée pour la première fois et l' on pense aujourd'hui que c'est de manière totalement volontaire qu'elle a adopté ce style onirique qui multiplie par 100 le sentiment de malaise lorsque l'on se tient face à la toile.

Regardez ces tournesols. Van-Gogh peut aller se rhabiller. !
Les dessins en noir et blanc sont à couper le souffle et se passent de commentaires. à vous de juger


regardez bien la brindille : ode à la vie
 à la fin de l'exposition, un petit autel  avec une vierge est présent. Moi qui suis plutôt athée j'ai ressenti une forte émotion à la vue de ce symbole.

 Ce n'est pas un cliché, les populations roms sont extrêmement croyantes. Si Ceija a survécu c'est grâce à deux choses selon elle : 
- sa foi en la vierge 
- la sève du petit bout de bois ( récupéré en cachette ) qu'elle a avalée. 
Cette petite brindille de rien du tout lui a sauvé la vie en l'empêchant de mourir de faim. Regardez bien en bas à droite de chaque tableau , on retrouve cette brindille qui souligne délicatement sa signature. Ceija peignait à mains nues, sur la table de sa cuisine. 
Elle qui n' avait jamais mis un pied dans un musée, elle a toute sa place à la Maison Rouge et on l'espère pour elle au Paradis Blanc auquel elle a tant cru. 
Vous avez jusqu'au 20 mai pour vous faire votre propre opinion.

vendredi 13 octobre 2017

La différence invisible ou une jolie fleur dans une peau de ....

Cette brève chronique signe bien le retour de la plume clavier endiablée de RougeGeorgette (mais pour le clavecin on reviendra). En pleine psychose pause, j'ai envie de dévorer la vie à pleine dent, avec des bouquins et des ballons de rouge dans lequel les tanins grumeleux râpent la langue. Pas très originale me direz-vous ? En effet ! Fichtre. Amateurs de chroniques littéraires chiadées qui traquent le web underground pas peur d'être taxés de bobos de merde, passez votre chemin (d'ailleurs on est tous le bobo de quelqu'un non ?) !  Je décide de vous parler ce soir d'un lecture totalement découverte par hasard grâce au défi babélio que j'organise dans mon collège avec mes pious-pious. Il s'agit de la différence invisble, aux éditions Delcourt/mirages. Les textes sont de Julie Dachez et mis en bulles par Mademoiselle Caroline.

Résultat de recherche d'images pour "la différence invisible" Malgré la publicité faîte autour de cette bd sur le syndrome Aspeger, qui tient son nom du psychiatre autrichien qui a réussi à isoler les caractéristiques de 4 garçons étiquetés à cette époque (1944)  "psychopathes autistiques"; j' ai découvert avec bonheur et simplicité cet ouvrage. Il est à la fois très complet, subtil avec plusieurs niveaux de lectures.
 Nous suivons les aventures de Marguerite, jeune cadre dans une entreprise mais qui préfère ses chats aux cancans de la cantine et de ses collègues. Mademoiselle Caroline joue d'un trait enfantin pour dessiner avec précision et netteté l'environnement urbain et cacophonique de notre jolie fleur. Hypersensible et émotive notre Marguerite,  Brassens se retournerait dans sa tombe car Marguerite est sans filtre : elle refuse les invitations de ses collègues pour boire un café, pense tout haut ce qu'on penserait tout bas (ce pull a vraiment une couleur à chier #caca doigt), est incapable d' avoir accès au sens  caché d'une expression idiomatique " Il pleut comme vache qui pisse". Des petites touches de couleurs hypersensibles libèrent l'expression des personnages secondaires, bourrés de préjugés et de bonnes morales bien mal pensées. La meilleure "Mais tu vas guérir, il y a des médicaments" ou alors (paroles de généralistes) : "mais enfin tu me réponds en me regardant dans les yeux tu ne peux pas être autiste !". Et non ce n'est pas une maladie c'est un développement neuroatypique. Pas de scènes violentes ni choquantes mais des émotions intenses et sincères. Le petit bonus de la prof doc : un petit mémo en fin d'ouvrage sur le syndrome, à déguster avant de tomber dans la marmite de cette délicieuse lecture. Cela permet de découvrir les notes humoristiques de la narratrice qu'elle a disséminées aux 4 coins des cases. Une petite note finale philosophique sur le normal et le pathologique. Plonger dans un univers qui nous est étranger fait peur. On octroie à celles et ceux qui sont différents de nous des " troubles " des "maladies". Mais pour fonctionner, la société a eu besoin de créer ces catégories en espérant les maintenir sans jamais les intégrer, voir pire, sans jamais les comprendre. Big Up à tout ces gens formidables dont les témoignages participent à la qualité de l'ouvrage. La vie est belle. 
Georgette la douceur.




jeudi 29 octobre 2015

peau, poil, plume : HEY #3



Bonsoir à tous, 
profitant des vacances, je ne pouvais pas passer à côté de la nouvelle exposition de la Halle Saint Pierre : hey #3

Mise en page 1
Carmelia,Christopher Conn Askew,   2009.
Comment certains d' entre vous le savent, j' adore cet endroit. On rentre littéralement dans une bulle de verre. Un vrai passage onirique qui fracasse les limites de notre cerveau, tout juste sorti indemne de Montmartre et de sa butte. 
Il est difficile d' y accéder entre les millions de touristes excités et les parisiens qui viennent y flâner pour acheter de beaux tissus dans l' immeuble iconique situé juste à côté . Zola et son Bonheur se retournerait sûrement dans sa tombe s'il pouvait voir ce que ce lieu est devenu...
Et pourtant ça y est : nous y voilà, une légère odeur de café grillé vous chatouille les narines, une librairie minuscule, feutrée mais extrêmement bien garnie. Au plafond, si vous levez les yeux, vous apercevrez les feuilles d' automne chargées d' humidité virevolter lentement dans les airs pour se déposer sur la lucarne enveloppante, quasiment à la limite de la respiration. 

C'est donc là que commence ce voyage si particulier. Car lorsque l' on pousse les franges de plexiglas noir qui honorent l' ouverture de la première pièce, ce n' est pas comme pénétrer dans une pièce d' expo,  c'est plutôt  voyager pour s’ imprégner  d'une atmosphère, singulière, qui selon moi est unique. No flash, No facebook, aucun bruit extérieur ne vient parasiter cet univers magique, à l' image de celle de l'affiche proposée. 

Comme je suis toujours aussi novice en la matière, pas de présentation logique, chronologique ou artistique. Je veux juste vous présenter les œuvres qui m' ont émue, celles qui m' ont faite frisonner, certaines même à la limite du dégoût. 

Dégoût ? mais pourquoi ? 
Tout simplement parce que  les artistes que j' ai retenus pendant ma visite ont chacun exploité de manière militante et humble les limites charnelles du corps humain : les poils, les cheveux, la peaux, les ongles, les dents ou un peu tout cela à la fois. 


hirotoshi-ito-stone-sculptures-24 Hitotoshi Ito nous offre ici des sculptures incroyables . 
 mais comment a-t-il fait pour rendre aussi vivantes de petites pierres innocentes ? 
Si vous regardez bien les sculptures voisines, vous verrez qu' il y en a une qui porte un appareil ... dentaire







Claire Partington | Conquest Dans un tout autre registre, les céramiques ou cette sculpture de Claire Partington.
Cette miniature de dame de cœur  à l' aspect carbonisé n' est pas sans rappeler les corps ravagés par le Vésuve. C'est qu' elle en impose la petite dame par la finesse de ses traits et l' aspect encore plus lisse que lisse de son visage, quasi surnaturel malgré le souci de réalisme certain de l' artiste. Un clin d’œil ou plutôt un pied de nez  au combat  féministe féminin qui lutte contre les rides et le vieillissement de la peau, lutte futile mais omniprésente dans nos sociétés. 





Une  peinture grinçante qui elle aussi ébranle les diktats de la mode et de la sacro- sainte épilation. 
Il s' agit d' une oeuvre intitulée La Pequena peluda de Gabriel Grun. Observez bien les os saillants et les ongles si férocement malmenés qui contrastent avec cette maginifique toison rousse qui se joint en s' enjoint  en de multiples sources. Une représentation de la féminité  pas vraiment promue par  nos sociétés qui préfèrent plutôt  le sans poil sans odeur sans saveur. Le personnage Grenouille, tout droit sorti du Parfum, aurait forcément succombé à ses pulsions meurtrières pour extraire l' essence même de ce personnage.
Afficher l'image d'origine                                                                     Résultat de recherche d'images pour "le parfum livre"







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génésis, 2013
Pour rester dans la thématique du cheveu et de la toison,  j' ai beaucoup apprécié à l' étage de l' exposition les dessins obsessionnel s de Winnie Truong autour des poils et des cheveux ; 
Tout en courbe, on ne veut plus savoir où commence et où s' arrête l' épiderme.
Unabridged Volume 2013
Unabridge volume, 2013


Les petits oursons de Déborah Simons nous rappellent également que les frontières entre visible et invisible sont pénétrables
Résultat de recherche d'images pour "déborah simon"     Résultat de recherche d'images pour "déborah simon"Afficher l'image d'origine

là encore, l' artiste met en scène la matière organique qui  nous fait vivre mais aussi ce qui nous rebute le plus : gros intestin, colon, boyaux, artères ; tout y passe mais englobé de légèreté associé aux objets transitionnels de l' enfance. Je trouve sa technique impresionnante.


Allez je vais bientôt m' arrêter : encore deux ! sinon plus d' intérêt à courir à la HSP. 

Afficher l'image d'origineles souvenirs étranges d' Albert Sallé m' ont fascinée. Entre boîte à musique et orgue de barbarie que je n' affectionne pas particulièrement, c'est tout un monde désué  qui se met en marche sous une mélodie cassante, des reflets d' aluminiums et de petites brèches d' allumettes. Mettez-vous en plein les mirettes : 


















Et pour finir ENFIN  ( me direz vous ) les sculptures absolument époustouflantes de Choi XOOANG.
Elles me révulsent, elles m' attirent, elles font ressortir en chacun de nous une animalité et une humilité universelles.
Afficher l'image d'origine Les corps se regardent, se mirent sans pour autant se refléter. 
A notre droite, un travail digne d' un orfèvre ; veinule, os qui craquent ( je vous assure que vous les entendrez en vous approchant) , narine dilatée sous le coup de l' expiration, petite déjection interne de l' œil, tétons différents,  veine tordue sous l' effort d' une cheville fléchie, petit kyste sur la cuisse  : tous ces petites détails qui font d' une femme une femme.
A gauche, à l' inverse,  nous avons la même femme mais en photoshop : tout est lisse, enfermé et enseveli sous une particule de silicone. 
Sommes- nous voués à devenir des êtres lisses ?
Je ne crois  pas. 
Croyez moi : ruez vous à la Halle Saint pierre .
Vous avez jusqu' au 13 mars 2016  pour en ressortit différent donc vivant ! 






vendredi 3 avril 2015

Féminité exacerbée à la Halle Saint Pierre

Bonjour à tous, 
Un petite pause aujourd'hui pour vous en mettre plein les mirettes. Certains collègues se moquent gentiment de moi avec mes articles " sur des expos glauques et sordides". Donc je continue pour vous présenter quelques œuvres picturales découvertes dans un de mes lieux fétiches parisiens La Halle Saint-Pierre. 
Dès que je m' engouffre sous cette verrière, le bruit des flashs et des talons qui martèlent les marches de la Butte s' évanouissent. Une odeur de café vous chatouille les narines et un petit diable cornu vous chuchote dans le creux de l' oreille : "rentre dans cette fabuleuse librairie dédiée à l' art naïf, la folie artistique et la folie humaine."
 Ta carte bleue te dira merci et ton chéquier à la fin du mois aussi ! 

Du 21 janvier au 14 Aout 2015, la Halle Saint Pierre s' associe aux éditions des Cahiers Dessinés pour nous offrir une exceptionnelle expo sur le dessin. Dessin figuratif, décoratif, humoristique, torturé, érotique, militant, (de) presse, illustratif, dérangeant ou souriant. Il y en a pour toutes les mirettes. 
 Le dessin n' est plus perçu comme le brouillon préambule de l' artiste mais bien comme un moyen d' expression aussi fort et puissant que peuvent l' être la sculpture ou la photo.
  • La salle du bas est comme à son habitude plongée dans le noir. Les seules ombres calfeutrées qui se reflèteront sur les œuvres seront celles de vos corps plongés dans une interrogation continuelle pour tenter de capter l' intention des dessinateurs. No flash, No Photo No comment. Respiration coupée. A part 4 petits dessins de Victor Hugo et de Roland Topor, Sempé et Tomi Ungerer je ne connaissais AUCUN artiste.
  • Lorsque l' on grimpe les marches dégingandées, on atterit dans une deuxième salle immense, blanche , rehaussée de cette verrière majestueuse que j' aime tant. On y respire plus facilement pour admirer des œuvres à mon sens plus accessibles car pour beaucoup éditées dans le monde de la presse et de l' illustration. Les noms sont un peu plus connus ( enfin pour ceux qui commentaient autour de moi !).
Jean-Michel Jacquet Exposé en 2004 à l'Espace Courant d'Art.
J' ai décidé de ne pas commenter d' œuvres particulières  mais de vous laisser découvrir celles qui m' ont particulièrement marquée. En espérant que cela vous donne envie de découvrir cette expo si particulière qui bouscule l' intime et notre représentation du monde et de la féminité . 
Féminité moderne épurée versus les grottes de Lascaux dans ce dessin de Jacquet



Paris ou Bourges  dans les marécages début 20ème; dessiné par un homme transgenre  à la fois clochard virtuose  et femme déguisée. Hommage à Marcel Bascoulard.




Les cahiers dessinés...
Bascoulard : Dessinateur virtuose, clochard magnifique, femme inventée


Un bond dans le temps avec ce dessin de Mélanie Delattre-Voght

Un dessin tout en rondeur courbe et dilution d' aquarelle qui donne un sentiment de malaise malgré sa féminité exacerbée. Viscères et boyaux supportent en eux cette matière gluante qui véhiculent tant la mort que la vie
Son titre : La vie dans les plis ( 2009) . Oeuvre  inspirée de l' œuvre d' Henri Michaux qui porte le même titre.



Le clair obscur dessiné tout en nuance de gris ( c' 'est d' actualité paraît-il).
Anne Gorouben, 2009.

Extrait de "100 boulevard du Montparnasse"
Parcequ' on ne peut pas la prendre pour un Pigeon Laure. La preuve :

Laure Pigeon dans son œuvre, réinvente les matières associées à la féminité pour les détourner et les mettre en valeur brutalement. Les volutes de fumée sensuelles peuvent asphyxier, les motifs floraux suffoquent et transpirent quitte à exploser de couleurs. On imagine la nausée qui émane de ces parfums capiteux.  La dentelle devient sous la mine graphite du grillage tranchant. 

Jacob, le père d'après Bruno Schulz

Un dessin qui m' a énormément plu. Quand je me suis renseignée sur l' artiste voici ce que j' ai trouvé : Les corps des acteurs, mannequins, marionnettes et objets se mêlent ici au silence et au vide, à la musique, aux murmures et aux chuchotements dans une langue inconnue. Plusieurs sujets se télescopent dans cet univers schulzien, autour de la folie, de la féminité, des origines et de l’identité ; autour du démiurge et de sa créature, de l’artiste et de la naissance de l’art…
étonnant non ?




allez encore Une : Josefa Tolrà : hommage à une catalane méconnue.
Un univers proche de Klimt mais aussi Muncha et Joana Vasoncelos.
et pourtant, cette femme a commencé à dessiner à 70 ans sans aucune technique, en totale liberté. De ses calligrammes émanent de la magie.  Ses dessins enfantins et simples sont une lutte contre la dépression. Cette cartomancienne du dessin dépasse toutes critiques.
les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak img_6009-josefa-tolra1.jpg (827×551)


Allez encore Une mais promis c' est bientôt fini.
Les monstres féminins, des créatures  hybrides, des enfants avec des excroissances, des corps féminins déformés : c'est très déroutant. Mais cela résume bien la vie de Unica Zurn, née à Berlin en 1916. Unica perd très tôt ses parents, accouche sous les bombes ( au sens proprement historique). C'est à la suite de son divorce, qu' elle perd la garde de ses enfants ( rare à l' époque). Sa rencontre avec Hans Bellmer va la propulser sur la scène surréaliste.
Elle mène une vie de Bohème, sa personnalité border et son internement à Saint-Anne la mèneront au suicide en Octobre 1970
zürn

 Je trouve cela magnifique et douloureux.

Allez La boucle est bouclée. J' ai débutée cet article par une femme qui boit un verre de rouge. Voici ma seconde activité préférée : La Sieste parfaitement dessinée par Felix Vallotton







Profitez de ce week- end  prolongé pour courir voir cette expo.





























jeudi 26 février 2015

Georgette découvre la maison rouge.

Ce soir, un petit billet coup de cœur coup de poing. En effet, je suis une inconditionnelle de la Halle Saint Pierre mais là c' est un autre lieu que j' ai envie de vous faire découvrir.
Moi qui suis la reine des quiches  des pommes (c'est meilleur pour la ligne) de l' Histoire des Arts, je suis toujours partante pour aller découvrir de nouveaux lieux d' exposition.
Donc en me rendant à la maison rouge, je ne savais absolument pas à quoi m' attendre.... et là bim : claque assurée. On me distribue un petit fascicule noir, je suis pressée de rejoindre mon amie L, venue avec ses deux enfants en poussette. Je me suis dis : ça va être une expo ludique, j' emmènerai peut être mes piou-piou avec le prof de pinceau.....
NON il faut emmener soit les bambins endormis  soit des lycéens et encore....
J' ai découvert les dessins à couper le souffler de Jérôme Zonder dans son exposition FATUM.
La maison rouge est le premier lieu où ce dessinateur parisien a accepté d' être exposé. Attention Jérôme Zonder a créé de toutes pièces les décors de son expo. 
On est immédiatement plongé dans un univers violent,  sombre, torturé et profondément militant. 
La première pièce est recouverte de végétation.
vue de l' expo dans la première salle
 La première série de dessin donne le ton : crâne évidé, viscères tombantes, visages déformés, sexes balafrés,  enfants sadiques, reptiles angoissants, nazi affichant un salut qui donne envie de vomir.... 
Jérôme Zonder, 'Les Fruits de McCarthy #2', 2013 / Courtesy Galerie Eva Hober, Paris

Tout y passe. Bambi est mort depuis longtemps mais l' univers de Disney omniprésent et dérangeant. Ces dessins contrastent avec des décors naïfs : un pommier, un chat au sourire de Joker...




Absolument tout est en noir et blanc, que ce soit les dessins exposés que les décors, il y a même des couloirs tout blanc et tout noir. et sutout Jérôme Zonder ne gomme rien : IL EST CONTRE ce principe d' effacer et de recommencer en oubliant le passé. 
Jérôme Zonder, "Pierre-François", 2011. incroyable: ceci n' est pas une photographie
Pour ceux qui iront à l' expo : regardez attentivement la série intitulée Les fruits du dessin, introuvables sur le net. C'est simple ces portraits auraient pu être pris en photo avec un filtre noir & blanc.....
Fatum réussit ce pari de l' Histoire indélébile. Le visiteur est marqué par cette cruauté mise en scène souvent par des adolescents voir même de très jeunes enfants....
 De plus en plus insoutenable .....
Jeux d' enfants #1, 2010 ; collection Antoine de Galbert, Paris.


Si j' ai choisi précisément ce dessin c'est qu' il rassemble tous les éléments caractéristiques de l' expo
- une précision du trait qu l' on pourrait croire à une photographie floutée par un ordinateur. Le dessin qui floute la réalité, c'est la première fois que je vois ça. 
- au niveau des représentations, la scène de torture est sciemment menée par des fillettes en culotte courtes et converses ! Le masque morbide ( ou les orbites creuses ) confronte le spectateur à sa participation active.Il regarde, il est témoin, nous sommes tous des tortionnaires par notre immobilisme. 
-Le clin d' œil est tellement gros qu' on pourrait presque le louper : notre Belle a perdu son clochard au profit d' un petit garçon suffocant. âmes sensibles s' abstenir.

Les autres salles sont moins sombres et les dessins présentés évoluent. L' Amérique est bien évidemment dans le cœur de cible mais la tragédie nazie et les génocides aussi. 
Un autre technique est utilisée : les empreintes de doigts plongées dans la mine de graphite ou de fusian  deviennent à la manière des impressionnistes, un tampon qui se répète à l' infini. Ainsi se sont les nuances de gris des mines plus ou moins concentrées ( non non pas les 50 ) et l' espace blanc qui créent du volume et des fortes sensations d' étouffement. Certaines scènes seraient des représentations réelles de chambres à gaz.....


érôme Zonder, 'Chairs grises #11', 2014 / Courtesy Galerie Eva Hober, Paris
L' expo finit en beauté avec une belle allégorie de l' autopsie de la belle Garance. Au poil près tout y est : 4 immenses  panneaux qui recouvrent et découpent au scalpel l' anatomie humaine.
Autopsie de la jeune fille, rêve de Garance, 2015.

Allez y courez c' est jusqu' au 10 mai 2015 et vu que tous les mots sont trop faibles pour décrire cette étrange expo ....

Ma copine L n' a pas de souci à se faire : elle va pouvoir réutiliser cette technique du doigt plongé dans l' encre mais je sais  qu' elle adaptera le modèle à représenter !