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mardi 1 décembre 2015

petites boîtes pour grand spectacle.

Mon amie M, qui a toujours son agenda rempli de sorties en tous genres, me propose d' aller voir la pièce suivante:
Les sept planches de la ruse , mis en scène par Aurélien Bory. 
Dans mon esprit étriqué et sûrement trop formaté par les études littéraires, avec un nom pareil, je m' attendais à une pièce de Tchekhov, une pièce slave avec des violons et des miettes de kouglof qui viendraient se loger dans nos joues rougies par le thé !

 Une semaine après les attentats, je suis encore plus heureuse à l' idée de me rendre au 104. Ce soir - là je ne reconnais pas le quartier, moi qui traverse la rue Riquet tous les jours pour aller travailler. Une foule compacte se presse devant l' imposante entrée grillagée , un clin d' œil habituel au crâne de Nicky, une lampe torche négligemment plongée dans mon sac et nous voilà en train de patienter dans l' une des deux allées. On s' installe enfin sur des gradins , on rentre le ventre on respire un grand coup et là en levant la tête un immense ciel étoilé surplombe la scène Cet instant là aurait eu toute sa gloire dans un épisode amélie poulain.
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Je ne sais toujours pas ce qui m' attend. Le silence complet se fait et pour une fois, même pas une petite vibration d' iphone ne retentit. Le bonheur. 
Le son d' un instrument à corde , pur et net à la fois vient chatouiller nos tympans. Une silhouette minuscule éclairée telle une estampe joue sur un énorme bloc en bois. Rien n' est éclairé mis à part ce corps qui ondule et qui soudain disparaît dans ce cube . Au milieu de la scène : on ne voit plus que ça :

Vous pensez à un Tangram ? C'est un jeu de bois vieux comme le monde qui consiste à créer une forme géométrique globale en assemblant des petits morceaux constitutifs.
L' origami serait une sorte de tangram plié.


Et pourtant, en approchant vos mirettes entre les formes géométriques, si vous scrutez attentivement ces petites lignes blanches, vous pourriez presque apercevoir des corps en mouvement. 
Voilà le parti pris de la pièce : le corps s' immisce au moindre courant d' air
C'est un exploit musculaire et artistique que nous offrent les artistes de l' opéra de Pékin. 
Ils déstructurent à souhait le cube pour en faire tantôt des vagues, tantôt des escaliers.
La musique se modernise, les pas se font plus rythmés, les respirations des 13 artistes plus saccadées. Sûrement un pied de nez au rythme de la vie occidentale : plus ! plus ! toujours plus vite ! toujours plus performant ! toujours plus optimisant. 

Ce que j' ai trouvé fantastique c'est que les acteurs sont de vrais modèles d' humanité : grand, petit, replet, rond, fin, vieux, jeune : un vrai échantillonnage de monsieur madame mais avec en prime des heures et des heures d' entraînement.

Tout le long, je n' ai pas arrêté de me dire : on final on finit tous dans une boîte. Ici c'est pareil : les artistes sont partout : dessus, dessous, à cheval, entre, suspendu en équilibre et bien d 'autres.....

Cela m' a fait penser aux boîtes à la fois si simples et si complexes de Donal Judd. 
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 Dans ces installations, comme chez Bory, c'est l' ombre et le vide qui permettent à l' homme de donner du sen à des pensées comme à son corps déployé.Résultat de recherche d'images pour "boîte de donald judd" 

Il y a des moments où le corps ne fait plus qu' un avec ces formes géométriques imposantes. Un clin d' œil à ce cher cheval de Troie, objet de bois d' où fourmille des vies humaines prêtes à se battre.


Afficher l'image d'origineLe suspense est à son comble lorsqu' à la seule  force des chevilles, les athlètes se hissent entre deux blocs pour glisser tout naturellement  jusqu' à retrouver la terre ferme. Je vais sûrement loin dans mon interprétation mais le fait de confronter la chaleur d' un corps à de la matière inorganique nous remet face à l' histoire et aux choix fascistes de hommes qui continuent de plonger les hommes face contre terre.  Le sang, le souffle, le battement de cœur se heurtent  à de la matière noire, dure et immuable comme en témoigne si bien le mémorial de l' holocauste à  Berlin.

Pour ne pas finir sur cette vision cauchemardesque, un extrait de la  pièce qui  sera de nouveau jouée au théâtre de la ville à la saison 2016. Désormais, c'est à vous de jouer !

vendredi 3 avril 2015

Féminité exacerbée à la Halle Saint Pierre

Bonjour à tous, 
Un petite pause aujourd'hui pour vous en mettre plein les mirettes. Certains collègues se moquent gentiment de moi avec mes articles " sur des expos glauques et sordides". Donc je continue pour vous présenter quelques œuvres picturales découvertes dans un de mes lieux fétiches parisiens La Halle Saint-Pierre. 
Dès que je m' engouffre sous cette verrière, le bruit des flashs et des talons qui martèlent les marches de la Butte s' évanouissent. Une odeur de café vous chatouille les narines et un petit diable cornu vous chuchote dans le creux de l' oreille : "rentre dans cette fabuleuse librairie dédiée à l' art naïf, la folie artistique et la folie humaine."
 Ta carte bleue te dira merci et ton chéquier à la fin du mois aussi ! 

Du 21 janvier au 14 Aout 2015, la Halle Saint Pierre s' associe aux éditions des Cahiers Dessinés pour nous offrir une exceptionnelle expo sur le dessin. Dessin figuratif, décoratif, humoristique, torturé, érotique, militant, (de) presse, illustratif, dérangeant ou souriant. Il y en a pour toutes les mirettes. 
 Le dessin n' est plus perçu comme le brouillon préambule de l' artiste mais bien comme un moyen d' expression aussi fort et puissant que peuvent l' être la sculpture ou la photo.
  • La salle du bas est comme à son habitude plongée dans le noir. Les seules ombres calfeutrées qui se reflèteront sur les œuvres seront celles de vos corps plongés dans une interrogation continuelle pour tenter de capter l' intention des dessinateurs. No flash, No Photo No comment. Respiration coupée. A part 4 petits dessins de Victor Hugo et de Roland Topor, Sempé et Tomi Ungerer je ne connaissais AUCUN artiste.
  • Lorsque l' on grimpe les marches dégingandées, on atterit dans une deuxième salle immense, blanche , rehaussée de cette verrière majestueuse que j' aime tant. On y respire plus facilement pour admirer des œuvres à mon sens plus accessibles car pour beaucoup éditées dans le monde de la presse et de l' illustration. Les noms sont un peu plus connus ( enfin pour ceux qui commentaient autour de moi !).
Jean-Michel Jacquet Exposé en 2004 à l'Espace Courant d'Art.
J' ai décidé de ne pas commenter d' œuvres particulières  mais de vous laisser découvrir celles qui m' ont particulièrement marquée. En espérant que cela vous donne envie de découvrir cette expo si particulière qui bouscule l' intime et notre représentation du monde et de la féminité . 
Féminité moderne épurée versus les grottes de Lascaux dans ce dessin de Jacquet



Paris ou Bourges  dans les marécages début 20ème; dessiné par un homme transgenre  à la fois clochard virtuose  et femme déguisée. Hommage à Marcel Bascoulard.




Les cahiers dessinés...
Bascoulard : Dessinateur virtuose, clochard magnifique, femme inventée


Un bond dans le temps avec ce dessin de Mélanie Delattre-Voght

Un dessin tout en rondeur courbe et dilution d' aquarelle qui donne un sentiment de malaise malgré sa féminité exacerbée. Viscères et boyaux supportent en eux cette matière gluante qui véhiculent tant la mort que la vie
Son titre : La vie dans les plis ( 2009) . Oeuvre  inspirée de l' œuvre d' Henri Michaux qui porte le même titre.



Le clair obscur dessiné tout en nuance de gris ( c' 'est d' actualité paraît-il).
Anne Gorouben, 2009.

Extrait de "100 boulevard du Montparnasse"
Parcequ' on ne peut pas la prendre pour un Pigeon Laure. La preuve :

Laure Pigeon dans son œuvre, réinvente les matières associées à la féminité pour les détourner et les mettre en valeur brutalement. Les volutes de fumée sensuelles peuvent asphyxier, les motifs floraux suffoquent et transpirent quitte à exploser de couleurs. On imagine la nausée qui émane de ces parfums capiteux.  La dentelle devient sous la mine graphite du grillage tranchant. 

Jacob, le père d'après Bruno Schulz

Un dessin qui m' a énormément plu. Quand je me suis renseignée sur l' artiste voici ce que j' ai trouvé : Les corps des acteurs, mannequins, marionnettes et objets se mêlent ici au silence et au vide, à la musique, aux murmures et aux chuchotements dans une langue inconnue. Plusieurs sujets se télescopent dans cet univers schulzien, autour de la folie, de la féminité, des origines et de l’identité ; autour du démiurge et de sa créature, de l’artiste et de la naissance de l’art…
étonnant non ?




allez encore Une : Josefa Tolrà : hommage à une catalane méconnue.
Un univers proche de Klimt mais aussi Muncha et Joana Vasoncelos.
et pourtant, cette femme a commencé à dessiner à 70 ans sans aucune technique, en totale liberté. De ses calligrammes émanent de la magie.  Ses dessins enfantins et simples sont une lutte contre la dépression. Cette cartomancienne du dessin dépasse toutes critiques.
les cahiers dessinés l'exposition,halle saint-pierre,frédéric pajak img_6009-josefa-tolra1.jpg (827×551)


Allez encore Une mais promis c' est bientôt fini.
Les monstres féminins, des créatures  hybrides, des enfants avec des excroissances, des corps féminins déformés : c'est très déroutant. Mais cela résume bien la vie de Unica Zurn, née à Berlin en 1916. Unica perd très tôt ses parents, accouche sous les bombes ( au sens proprement historique). C'est à la suite de son divorce, qu' elle perd la garde de ses enfants ( rare à l' époque). Sa rencontre avec Hans Bellmer va la propulser sur la scène surréaliste.
Elle mène une vie de Bohème, sa personnalité border et son internement à Saint-Anne la mèneront au suicide en Octobre 1970
zürn

 Je trouve cela magnifique et douloureux.

Allez La boucle est bouclée. J' ai débutée cet article par une femme qui boit un verre de rouge. Voici ma seconde activité préférée : La Sieste parfaitement dessinée par Felix Vallotton







Profitez de ce week- end  prolongé pour courir voir cette expo.





























jeudi 26 février 2015

Georgette découvre la maison rouge.

Ce soir, un petit billet coup de cœur coup de poing. En effet, je suis une inconditionnelle de la Halle Saint Pierre mais là c' est un autre lieu que j' ai envie de vous faire découvrir.
Moi qui suis la reine des quiches  des pommes (c'est meilleur pour la ligne) de l' Histoire des Arts, je suis toujours partante pour aller découvrir de nouveaux lieux d' exposition.
Donc en me rendant à la maison rouge, je ne savais absolument pas à quoi m' attendre.... et là bim : claque assurée. On me distribue un petit fascicule noir, je suis pressée de rejoindre mon amie L, venue avec ses deux enfants en poussette. Je me suis dis : ça va être une expo ludique, j' emmènerai peut être mes piou-piou avec le prof de pinceau.....
NON il faut emmener soit les bambins endormis  soit des lycéens et encore....
J' ai découvert les dessins à couper le souffler de Jérôme Zonder dans son exposition FATUM.
La maison rouge est le premier lieu où ce dessinateur parisien a accepté d' être exposé. Attention Jérôme Zonder a créé de toutes pièces les décors de son expo. 
On est immédiatement plongé dans un univers violent,  sombre, torturé et profondément militant. 
La première pièce est recouverte de végétation.
vue de l' expo dans la première salle
 La première série de dessin donne le ton : crâne évidé, viscères tombantes, visages déformés, sexes balafrés,  enfants sadiques, reptiles angoissants, nazi affichant un salut qui donne envie de vomir.... 
Jérôme Zonder, 'Les Fruits de McCarthy #2', 2013 / Courtesy Galerie Eva Hober, Paris

Tout y passe. Bambi est mort depuis longtemps mais l' univers de Disney omniprésent et dérangeant. Ces dessins contrastent avec des décors naïfs : un pommier, un chat au sourire de Joker...




Absolument tout est en noir et blanc, que ce soit les dessins exposés que les décors, il y a même des couloirs tout blanc et tout noir. et sutout Jérôme Zonder ne gomme rien : IL EST CONTRE ce principe d' effacer et de recommencer en oubliant le passé. 
Jérôme Zonder, "Pierre-François", 2011. incroyable: ceci n' est pas une photographie
Pour ceux qui iront à l' expo : regardez attentivement la série intitulée Les fruits du dessin, introuvables sur le net. C'est simple ces portraits auraient pu être pris en photo avec un filtre noir & blanc.....
Fatum réussit ce pari de l' Histoire indélébile. Le visiteur est marqué par cette cruauté mise en scène souvent par des adolescents voir même de très jeunes enfants....
 De plus en plus insoutenable .....
Jeux d' enfants #1, 2010 ; collection Antoine de Galbert, Paris.


Si j' ai choisi précisément ce dessin c'est qu' il rassemble tous les éléments caractéristiques de l' expo
- une précision du trait qu l' on pourrait croire à une photographie floutée par un ordinateur. Le dessin qui floute la réalité, c'est la première fois que je vois ça. 
- au niveau des représentations, la scène de torture est sciemment menée par des fillettes en culotte courtes et converses ! Le masque morbide ( ou les orbites creuses ) confronte le spectateur à sa participation active.Il regarde, il est témoin, nous sommes tous des tortionnaires par notre immobilisme. 
-Le clin d' œil est tellement gros qu' on pourrait presque le louper : notre Belle a perdu son clochard au profit d' un petit garçon suffocant. âmes sensibles s' abstenir.

Les autres salles sont moins sombres et les dessins présentés évoluent. L' Amérique est bien évidemment dans le cœur de cible mais la tragédie nazie et les génocides aussi. 
Un autre technique est utilisée : les empreintes de doigts plongées dans la mine de graphite ou de fusian  deviennent à la manière des impressionnistes, un tampon qui se répète à l' infini. Ainsi se sont les nuances de gris des mines plus ou moins concentrées ( non non pas les 50 ) et l' espace blanc qui créent du volume et des fortes sensations d' étouffement. Certaines scènes seraient des représentations réelles de chambres à gaz.....


érôme Zonder, 'Chairs grises #11', 2014 / Courtesy Galerie Eva Hober, Paris
L' expo finit en beauté avec une belle allégorie de l' autopsie de la belle Garance. Au poil près tout y est : 4 immenses  panneaux qui recouvrent et découpent au scalpel l' anatomie humaine.
Autopsie de la jeune fille, rêve de Garance, 2015.

Allez y courez c' est jusqu' au 10 mai 2015 et vu que tous les mots sont trop faibles pour décrire cette étrange expo ....

Ma copine L n' a pas de souci à se faire : elle va pouvoir réutiliser cette technique du doigt plongé dans l' encre mais je sais  qu' elle adaptera le modèle à représenter ! 

vendredi 16 janvier 2015

Maruyama Ôkyo, nous voici









Aujourd'hui un article très attendu sur la magnifique expo du musée Cernuschi
Le Japon au fil des saisons.  Vous trouverez ici l' article d' une amie qui évoque avec virtuosité un tableau peu connu mais admirable : un kakemono de Mori Sosen.

Pour ma part, j' ai sélectionné quelques œuvres au fil de notre visite. Toutes sont d' une extrême beauté. La muséographie de l' exposition est tout à fait remarquable. la lumière tamisée n' étoffe en rien le regard du visiteur. Les cadres des œuvres, en soie ou cousue d' or,  s' intègrent totalement à l' harmonie d' ensemble de ce beau parcours qui nous est proposé.  Tant par le contenant que par le contenu, amis linguistes saussuriens, admirons ensemble  ces petits bijoux comme  les deux faces d' une pièce de monnaie.  

La première œuvre qui m' a éblouie par son audace et son originalité fut celle de Tani Buncho ( 1763-1840) qui représente le Mont Fuji.
La technique utilisée se prénomme le lavis d' encre. Regardez comme ce lieu magistral est représenté à travers les dilutions d' encre et de pierre fumée frottées à même la toile pour produire cet effet de délavement, un peu angoissant. 

Nous sommes loin des représentations évoquées par les poètes du VIIIème siècle, qui érige le mont Fuji comme montagne sacrée, riches de natures et de pouvoirs ancestraux. Les grandes bandes blanches qui peuvent paraître tremblotantes sont en fait totalement décidées par l' artiste. Entre air, nuage ou neiges vaporeuses, ce sont nos sens en éveil qui décident ce qui fait partie du fond ou de la forme centrale. De la végétation  sombre et abondante, se dégage une impression d' humidité luxuriante. L' eau devient à la fois matière d' absorption, un  tracé et un ressenti corporel. 
Notez la signature calligraphique qui tout en étant reliée à la végétation, se distingue par son sens et de par son contraste avec la couleur rouge. 
Voici l' indication que l' on peut lire en bas du tableau et qui résume tout à fait l' état d' esprit de Buncho lorsqu' il peint ce tableau.
" Peint au studio de l' Eau et des Nuages, printemps 1802". 
La peinture, sûrement effectuée  à plat pour éviter aux encres de baver, est parfaitement encadrée par ce rouleau vertical ( kakemono) . Une première bande aux motifs symétriques et lumineux est elle  même entourée d' une autre bande dans l' esprit "sépia " à motif floral. Ce cadre permet d' admirer la luminosité de la peinture construite seulement à partir des deux couleurs monochromes principales. Un véritable exploit.





Le courant pictural Rinpa qui traverse la peinture du 17ème siècle  était un mouvement également réaliste, dans un dimension copiste  mais au sens stricte de l' observation accrue et de la justesse précise des détails naturalistes.
Les écailles de poissons, les gouttelettes d' eau suintant des pétales de nénuphars, les vaguelettes blanches peintes grâce à de la réduction de poudre d' huitres en sont quelques exemples. 
Ces modèles harmonieux de la nature  étaient admirablement retranscris dans une peinture plate, sans perspective à proprement parler. Ces œuvres étaient de nature décoratives, sans personnage afin que le visionnage simple pousse au delà de la contemplation à une véritable méditation. 

 On imagine le temps passé à l' observation, telles les planches d' herbiers savamment conservées au fil des ans. Chaque rainure, chaque tige, chaque plume est reproduites. La perfection est si intense, qu' on a beaucoup de mal à détacher notre regard de tous les petites rondeurs. Le visiteur se sent totalement absorbé par cette nature harmonieuse et apaisante. La sagesse du temps qui passe,inexorablement au fil des saisons ne pourrait  être mieux dépeinte.

Détail. Nakabyaschi Chikuto (1776-1853): Fleurs et oiseaux des quatre saisons : le printemps


Dans le tableau présenté ci-dessous, la technique est différente. C'est la couleur blanche ( en réalité celle du fond ) qui devient le motif plein. Quel paradoxe incroyable : le vide devient matière. Là encore, de grands coups de pinceau à l' encre brute parviennent à ériger quelques pousses de bambou. Je vous assure que le froid se fait sentir rien qu' en regardant trembler les petits oiseaux. On retrouve ici la technique de Buncho dans laquelle l' effet fumée de l' encre se dissolve dans des nuances décolorées car délavées. 


Détail. Nakabyaschi Chikuto (1776-1853): Fleurs et oiseaux des quatre saisons: l’hiver.gende

 A chaque saison sa technique et c' est loin d' être terminé.


Voici un tableau  traditionnel dans le choix du sujet. On y retrouve les ingrédients  des grandes estampes japonaises traditionnelles : les pivoines bien évidemment, érigées au même titre que les fleurs de cerisier ou les tiges de bambou comme constitutives de la nature du continent
L' artiste Ôkyo est considéré comme le fondateur du mouvement réaliste au Japon, reconnu comme mouvement artistique officielle de l' école officielle Kano. Les couleurs sont étincelantes et chatoyantes malgré leur âge. L' escalade de plumes qui enrobent les pierres et les fleurs sont le symbole d' une nature protégée et respectée par dessus tout.  
Si l' on s' approche bien, on voit même de petits motifs de lapins sur les bords latéraux de l' œuvre contre un envol de cigognes d' or  sur fond noir. 
Tout s' équilibre.
Maruyama Okyo (1733-1795), Paon et pivoines. Rouleau vertical (kakemono), encre et couleurs, lavis d’or sur soie, 135 x 70,6 cm. Daté de 1768.



Une autre merveille dans un genre plus épuré et moins chargé, l' œuvre de  Sakai Hoitsu.
L' arbre à kakis représenté prouve que le tableau a été peint au mois d' Octobre. 
Une finesse aérienne se dégage du tableau. Ces fruits si ronds, chargés de luminosités sont sûrement un rappel aux lampions traditionnels. Le tracé du pinceau glisse sans hésitation, on a du mal à croire que la technique numérique n' y soit pour rien . Cette œuvre se situe  au carrefour de toutes les techniques vues jusque là. Le lavis d' encre dans l' unique feuille ou à la racine de la branche est bien présent et se distingue par sa couleur bleuâtre. Ici encore vous ne verrez aucun tracé, ni cercle qui délimitent  une branche ou les corps des petits oiseaux. Le blanc devient la forme ronde et duveteuse de ces petits moineaux.
Trois mejiro sur un arbre à kakis, Sakai Hoitsu
Voici la traduction de l' inscription  écrite par Kameda Ryorai, lettré confucianiste.
" Le vent du soir souffle, apportant la pluie jusqu' à mon ermitage sylvestre
Les feuilles du kaki, soulevées par le vent, tournoient et rougissent; 
dessus je trace un poème
la Xiao et la Xiang ( s' écoulent ) à l' infini, ( emportant ) mon esprit
vers les fleuves et les océans
Un vase à vin et une perche se font face, ( ils me ravissent)
Ryorai Shi le pêcheur "


Comme toutes les bonnes choses ont une fin, on s' en est mis plein les mirettes. L' exposition est désormais terminée.
Merci à celles qui m' y ont entraîné; elles se reconnaîtrons
Nous  en sommes sorties  à la fois grandies et remplies d'humilité , émues et conscientes de notre petitesse dans l' univers.

mercredi 10 décembre 2014

Catherine, Marie-Agnès, nous voici.




Aujourd'hui, je vais vous présenter très brièvement cette artiste étonnante, tant par sa carrière féministe que par ses oeuvres d' Art. Quelle ne fut pas ma surprise d' apprendre que Nicki de Saint Phalle exposée au Grand Palais était française. Bien qu' élevée à New-York, cette jeune aristocrate fait d'abord carrière dans la mode dans les années 60. Ses grands yeux bleu et son port de tête altier peuvent la hisser au rang d' une Grace Kelly



 dur dur de deviner qui est qui....... 
 Pourtant Nicky poursuit une carrière originale pour l' époque : celle d' artiste et de plasticienne. prônant une "société matriarcale". Elle déforme , étire et enrobe le corps de la femme à l' extrême. Elle qui a côtoyé le monde carcéral de la mode, elle se soucie plus que tout du bien être psychique et biologique de la femme. 
Sa soif de création et d' expression  ( sculptures, dessins, schémas) a trouvé sa  place en plein air, où l' on peut admirer son œuvre monumentale Le jardin de Tarot, en Toscane. 
                                        
Sa série des "nana" valent le détour. Belles, voluptueuses, volumineuses, elles font consensus. 


nanaNiki de Saint Phalle (1930-2002) est l’une des artistes les plus populaires du milieu du XXe siècle, à la fois plasticienne, peintre, sculptrice et réalisatrice de films. Si elle est surtout connue du grand public pour ses célèbres « Nanas », son oeuvre s’impose aussi par son engagement politique et féministe et par sa radicalité.    "Accouchement blanc ou Ghéa", 1964 "Leto ou la crucifixion", 1965 King Kong", 1963 daddy la promenade du dimanche "Autel noire et blanc", 1962  «Je n’ai jamais tiré sur Dieu (...), je tire sur l’Eglise»   la toilette le reve de diane daddy


nanas
Les 3 grâces, mosaïque et argentée
Ses statues en céramique pailletées aussi. 

Mais en regardant de plus près, au delà des rondeurs et de la couleur, Nicky exprime une véritable souffrance. C' est cette partie de l' exposition  plus torturée, moins connue, plus proche de la mort que j' ai préférée.
La douleur de l' enfantement et l' aliénation psychique  sont remarquablement mises en scène dans ses séries d' accumulations d' objets hétéroclites 

Accouchement blanc ou Ghea (détail) 1964. Collection particulière.
"Accouchement blanc ou Ghéa", 1964 
La sexualité forcée devient à la fois un objet de désir ( on a envie de toucher, de sentir le contact de la laine entre les cuisses ) et  de révolte. énorme clin d’œil à la femme qui ne naît pas femme mais qui le devient ( en voiture Simone). 

La mariée
(Eva maria)
1963
 Admirez aussi, la robe de mariée sclérosée, telle un enchevêtrement de toiles d' araignée qui étouffe la mariée. 
Le morbide, la mort et la suffocation sont représentées simplement mais efficacement. Il faut s' approcher des œuvres pour se rendre compte de la minutie du travail de collage. Chaque objet a sa place et sa fonction. Dans une vidéo, Nicky explique que c' est en visitant les monoprix qu' elle trouve ses objets, ceux qui représentent l' enfance, la vie et la mort : des petits crânes, dinosaures, poupées, statuettes, bout de chaussures, de tissu, clou........ 

J' ai enfin compris l' affiche de l' exposition : 








Elle fait référence à des performances de tirs de carabine.ShootingPainting
Le principe est le suivant :  accrochés directement sur le devant ou le derrière de ses œuvres,  des sacs de peinture fraîche et de jaune d' œufs sont  pulvérisés sous l' impact de balles réelles tirées par l' artiste.
Résultats singuliers et surprenants
- Grand Tir, Séance de Stockhom 1961
 Une petite dernière  photo pour la route en espérant vous avoir donner envie de dépasser les célébrissimes  statues de la fontaine beaubourg :
La Toilette de Niki de Saint Phalle (1978)


lundi 24 novembre 2014

Les Lilas, nous voilà.

Un petit billet ce soir pour vous donner envie de vous..... jeter dans l' arène.
Si comme moi, vous avez toujours eu peur du masque de clown et que les pierrots désarticulés vous donnent le cafard, alors il est temps de vous faire découvrir : Le cirque électrique.

Ce chapiteau tout de rayures rouges vêtu, qui se dresse entre des terminaux de la RATP et un restaurant ( buffet) chinois à volonté, dénote complètement avec son environnement. Lorsque l' on s' approche de plus près, quelques crêtes roses et canettes de 8.6 qui jonchent le sol.
Le festival Punk de Mont de Marsan ? Point du tout.
Le cirque électrique revisite l' art dont il porte le nom dans une dynamique rock'n'roll et bas-résille.

J' ai eu l 'immense privilège d' assister au dernier spectacle de la troupe issue du chapiteau.
émotions, frissons et nœud dans le ventre sont  garantis.
La troupe s' appelle STEAM. Les artistes, chacun leur tour dans leur propre discipline et dans un enchaînement parfait qui frise la cadence militaire , vont mettre en scène la décadence d' une Europe qui vacille, à l' image des néons jaunâtres qui clignotent péniblement sur scène.
Une performance d' artistes exceptionnelle où l' on retrouve les arts plus traditionnels du cirque : voltige, jonglage, trapèze, contorsion.....
sans oublier le " fait maison" en matière d' animations musicales et de lumières. 


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Les artistes sont envoûtants. Le spectateur va s' installer dans les gradins désarticulés sous l' œil de cette troupe qui vous désamorce dès le premier coup d" œil. Les femmes sont de statures carrées, les poitrines menues et musclées  enserrées dans des filets de résille; à la limite de l' androgyne. Quant aux hommes, leurs corps sveltes et légers semblent s' envoler au dessus du cube d' acier qui sert de décors.
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Le spectateur est happé par ces corps aux courbes travaillées sous l' effort que l' on imagine répété des centaines de fois. Le message politique est clair :
le monde va mal : ni Dieu ni maître.
Libérons nos corps et vibrons. 
Ce qui est vraiment beau, c' est de se sentir aussi proches de ces artistes. Le spectacle est fini, tout le monde se retrouve sur la piste pour échanger, applaudir, et tenter de capter au sein de la rétine une dernière paillette......
Merci Cam pour ce beau cadeau.