mardi 20 mars 2018

Des littératures pour voyager

Aujourd'hui, je vous présente deux romans coup de cœur que j' ai littérairement dévorés.

Le premier m' a été offert par une lectrice aguerrie que je remercie encore une fois vivement pour ce présent.
Il s' agit du chant des pistes de Bruce Chatwin, édité d'abord chez Grasset  en 2013  dans la collection Les carnets rouges, mais que vous trouverez également en poche ( un gros pavé tout de même).

Chatwin est cet écrivain voyageur, humble et poétique qui nous transporte en Australie. Il va suivre pendant quelques mois des sentiers poussiéreux et sinueux à la recherche du " chant des pistes" ou "songline". Ce serait selon la tradition aborigène le chemin de la terre, l'essence même du cosmos dans lequel l'humanité toute entière prend racine. Chatwin sépare son ouvrage en deux parties. 

Dans la première, notre aventurier anglais part à la rencontre des aborigènes et des habitants de lieux souvent tombés volontairement dans l' oubli. Une bière fraîche, un rocking-chair, un premier contact et Twain engage la conversation. Curieux mais jamais intéressé, il n' essaie pas d'imposer son point de vue européen ou ses coutumes occidentales car il a honte. Honte des violences coloniales et des massacres perpétrés par les anglais.  C'est donc un formidable ode à la vie, à la magie des légendes aborigènes et au voyage tant mystique que physique que nous livre ici Chatwin. 
La seconde partie se présente sous forme de petites anecdotes, de compilations philosophiques issues de ses anciens carnets de voyage . J'ai particulièrement apprécié les annotations de Chatwin sur sa condition d'homme blanc, élevé dans la tradition chrétienne qui se retrouve confronté à une autre manière de voir le ciel, le monde, les étoiles. Un très bel ouvrage à offrir de toute urgence aux amoureux du pays des kangourous, du kiwi et de la littérature de voyage.


Le second ouvrage qui m'a fait voyager est un polar recommandé par une amie qui publie sur  la page facebook Des livres Rances que je vous recommande chaudement en cliquant ici pour leur souhaiter une longue vie.
Il s'agit d'un  bon polar de Wiliam G. Tapply : dérive sanglante édité en 2007 chez Gallmeister. Ce prof de littérature, passionné de pêche, nous embarque dans le Maine, la région extrême nord-est des états-Unis.
On y respire l'odeur des plaines, on entend le clapotis des truites sauvages, on en vient même à sentir les aiguilles de pins frotter sous nos semelles de randonnée. Le lecteur fait très vite la connaissance de Stoney Calhoun, un être solitaire qui vit en ermite avec son cabot dans une petite cabane en bois. Sa passion vous l' aurez deviné :  la pêche, c'est pourquoi il réussit à se faire embaucher par Kate ( mon personnage préféré, une amazone ! ) jeune femme au caractère bien trempé qui tente de faire marcher son petit commerce dans le monde impitoyablement masculin qu'est celui de la pêche. Le passé douloureux de Calhoun se dévoile au fil des pages. C'est un amoureux des choses simples et des soirées à lire une énorme anthologie de la littérature américaine. Calhoun est amnésique suite à un grave accident dont il ne conserve aucun souvenir. Il souffre de certaines séquelles, notamment d'hallucinations visuelles plus que dérangeantes... Tout va basculer lorsque Lyle, son collègue et unique ami un peu hippie sur les bords se fait  assassiner... Je n'en dit pas plus mais ce qui est sûr c'est que vous aurez sans doute envie de découvrir la suite. L'auteur distille au compte-goutte mais avec ingéniosité des indices croustillants qui donne envie de suivre Calhoun dans ses prochaines aventures. Pour l' ambiance feutrée et la qualité des descriptions des paysages, je hisse dérive sanglante quasiment au même rang que  l'île des chasseurs d'oiseaux de Peter May

Bonne lecture sous la neige ! 







lundi 5 mars 2018

faiminisme : à corps et à ( le ) cri

Aujourd'hui deux chroniques qui n'ont en commun que le lieu de leur acquisition ! 

Juste avant une répé je m' arrête dans cette super librairie La Manœuvre pour acheter un polar dont j' ai beaucoup entendu parlé : Le cri.
Je sais que cette librairie a un rayon sur le genre / la sociologie et le féminisme assez bien achalandé.
Je craque et dépense 14 € supplémentaire au budget initialement prévu pour lire : 
Faiminisme: quand le sexisme passe à table de Nora Bouazzouni.
La couverture bien sûr me saute aux yeux mais l'auteure reste pour moi inconnue au bataillon. Je demande à la libraire : " Vous l'avez-lu ?". Elle me répond " non, mais c'est mon dernier je vais devoir le recommander.". Bon c'est parti. L'ouvrage est tout d'abord facile à lire mais un peu trop concis et surtout truffé de références indiquées par des petites *. Je ne dévoilerai pas le nom de tous les chapitres mais celui du chapitre 3 est réussi : "Patriarchie parmentier".
Il y a plusieurs idées que j' ai relevées tout au long de ma lecture qui m'ont interpellée. Des idées auxquelles j'avais plus ou moins songé mais sans pour autant me les expliquer. La lecture de cet ouvrage m'a permis une véritable prise de conscience mais pas aussi énorme que celle procurée par la lecture de Beauté fatale de Mona Chollet ( qui n'est cité qu'une seule fois !!!).
- les petites filles comprennent très tôt que pour avoir une chance de se marier elles doivent être minces. ( même si ça m’écœure c'est peut être vrai ). Elles doivent occuper le moins de place possible contrairement à votre voisin de métro ou de bus qui écarte allégrement les cuisses en lisant l'équipe ( oui oui je sais ça aussi c'est un cliché mais sachez que l' Equipe est LE quotidien le plus lu en France avec un électorat majoritairement masculin).
- les mamans, les grands-mères et leurs alter egos masculins servent plus de nourriture dans les assiettes des petits garçons que dans celles des petites filles. Je me rends compte que j'ai tendance à moins me servir que mon mec alors que j' ai tout le temps plus faim que lui.
- les femmes qui allaitent le font  plus longtemps pour leur garçons que pour leur filles. Et quand notre paroi utérine se retire sans qu'aucun spermatozoïde ne soit venu féconder un de nos ovules, nos mamans nous donnent de la viande de cheval, des lasagnes et du boudin car nous sommes " carencées"( à croire que Poppeye à défaut d'être féministe était avant-gardiste avec sa boîte en fer d'épinard ).
- Ce sont les femmes qui cuisinent les repas du quotidien mais ce sont les hommes qui détiennent la force agricole. Notons toutefois que la situation s'est améliorée puisque 37 % des salariés agricoles en France en 2016 sont des femmes mais leur surface agricole restent inférieures à celles de leurs homologues masculins.
( je n' avais JAMAIS songé à cela). Les inégalités se retrouvent bien à toutes les fourchettes.
- Un chapitre est également dédié aux cheffes étoilées. Nombreuses sont celles qui déplorent le message véhiculé par les critiques gastronomiques ( rédigées pour la plupart par des hommes) en parlant de la cuisine féminine comme "légère, diététique et  audacieuse" ou encore en parlant d'Anne-Sophie Pic ( 1*) : " on salue la simplicité toute féminine de sa cuisine". No comment car le guide Michelin ( le gros gaillard en forme de pneu ) ou le G&M n'évoquent jamais la cuisine masculine grasse et carnivore ! 
- J' ai beaucoup apprécié le dernier chapitre qui concerne le lien  entre le féminisme et le choix d'une alimentation végé ou carnée. Pendant longtemps, manger des graines était synonyme de """régime de bonne femme"""( je cite). Aujourd'hui, manger de la viande de bonne qualité est considéré comme un privilège, celui de l'homme sur l' animal et celui du riche sur le pauvre. Je ne vois pas pourquoi on irait genrer un choix de régime alimentaire.
Pour résumer, je souligne que ce premier ouvrage de Nora Bouazzouni est fichtrement bien documenté. J'aurais aimé qu'elle ail(le) un peu plus loin dans les liens entre féminisme et végétarisme ou encore entre le diktat de la minceur et la grossophobie qui n'est pas encore assez évoqué à mon goût.

Pour aller plus loin, le délicieux ouvrage de Gabrielle Dardier 
( éditions gouttes d'or ) :  On ne naît pas grosse.

 
 Et votre future bible de chevet si ce n' était pas déjà le cas :











J' allais presque oublier la seconde lecture dont je voulais vous parler.
Le cri de Nicolas Beuglet ( premier roman).
C'est un polar qui débute bien très bien ( trop bien même).
Sarah  Geringën est une  flic torturée  qui vient de se faire quitter après de nombreux essais infructueux pour tomber enceinte. Le soir de sa rupture, elle est invitée à se rendre en urgence dans un hôpital psychiatrique isolé. Un patient y a été retrouvé mort dans des circonstances étranges. Ce patient surnommé " 488", chiffre qu'il portait en cicatrice sur son front. Ce qu'il y a d'étrange à l' arrivée de Sarah c'est que les témoignages des infirmiers ne concordent pas et que l' administration hospitalière  ne sait rien de ce patient. Lorsque le légiste trouve la cause physiologique de la mort du " patient 488", l'enquête débute. 
J' ai été extrêmement déçue même si jusqu' à la page 250 j' ai été vraiment happée par l'intrigue. Puis tout bouscule car l'auteur quitte le thriller psy pour s'aventurer vers le genre d'espionnage scientifique et historique. 

à vous de jugez ! 



mardi 20 février 2018

Toxique Surdose

Salut mes p'tits lapins.
Je vous présente aujourd'hui deux ouvrages très différents mais qui vont fort bien ensemble.
C'est un procédé que je fais malgré moi lorsque je lis deux bouquins coup sur coup. J'aime y trouver des liens et tisser le fil des ressemblances. Et entre ces deux là c'est toute la noirceur humaine et sa psychologie  qui prennent place. De quoi est capable l'être humain, quel que soit son métier, son milieu d'appartenance, sa classe ( criminale ) sociale pour échapper à la vérité, à l'angoisse et au présent ?

 Dans Surdose, publié aux éditions Gouttes d'or, Alexandre Kauffman intègre la seule et unique équipe de police chargée des overdoses qui ont lieu dans Paris intramuros. C'est ce qu'on appelle une non-fiction. Le 36 en dénombre environ 20 par an ( ce qui me paraît assez peu ).

Ce journaliste qui  fait  parler de lui en ce moment, relate dans ce court ouvrage incisif les méthodes d'interventions de cette brigade si spéciale. Parce que même si ça y ressemble, Surdose n'est pas un roman policier. Tous les faits relatés sont vrais et les portraits brossés sont décris très simplement. Ce n'est donc pas une écriture pédante de la France d'en haut qui chercherait un bénéfice intellectuel à délier sa plume chez les poulets de Surdose. 
Dans des quartiers très différents de Paris, dont un dans lequel je réside et l'autre dans lequel je travaille ( oui je sais on s'en fout mais c'est la dure loi de la proximité : c'est arrivé près de chez vous alors cela vous t(o)uche ! ), trois corps sont découverts :  celui d'un dentiste d'un informaticien et d'une jeune étudiante en histoire de l'art. Trois drogues différentes sur lesquelles je ne m'étendrai pas car je n'y connais rien. Pourtant je n'avais jamais pensé à cela avant. Qui se charge d'aller chercher ces corps ? Comment analyser la profusion de drogues créées chaque jour dans le monde ? Comment sont elles répertoriées ? Loin d'enfoncer des portes ouvertes, Kauffman ne juge ni le consommateur ni le dealer, même celui qui vend de la came , bracelet électronique au pied dans un über. Je ne peux que vous encourager à lire Surdose mais pas pour vous faire peur seulement  ( même si on apprend que l'on peut mourir d'une infime prise unique à côté d'un monoprix) mais plutôt pour amorcer le débat : après la constatation de cette réalité : que faire ? 
Je suis une fervente défenseure des salles de shoot. J'espère que la publicité faite autour de cet ouvrage servira cette cause. Plutôt que de cacher la poudre sous le tapis et de continuer cette politique politicienne de l'autruche, réfléchissons plutôt à une politique préventive, éducative plutôt que répressive. L'alcool, le tabac le sucre, les écrans, nous sommes tous soumis à des addictions. C'est sûrement le propre de l'être humain de rechercher du plaisir simplement et rapidement pour fuir un quotidien, une détresse ou tout simplement pour retrouver un sentiment de contrôle. On ne juge pas un livre à sa couverture mais le travail original
d' Agence Miracle est à la hauteur du contenu proposé. Bravo


Dans un tout autre registre, pour le coup un bon polar qui explore aussi à sa manière la fuite de la réalité. Il s'agit de Toxique.
Je ne suis pas fan des polars où l'identité de la meurtrière est connue dès le début. L'intrigue ne repose donc pas sur la découverte de son identité mais sur LA cause qui emmène cette femme psychopathe à commettre les pires atrocités. Une femme qui ressemble à Mme tout le monde.  Niko Tackian nous emmène dans les méandres de la psychologie humaine en se servant de tous les ingrédients bien connus du genre policier. Des destins de vie complexes, des flics torturés, des secrets de familles, des scènes de torture, des rendez-vous clandestins... Ce n'est pas le roman policier de l' année mais j'ai aimé les profils psychologiques dressés. J'attends la suite ! 
Vous noterez que la couv n'est pas dingue ! Dommage....

lundi 12 février 2018

Pendant ce temps, Simone veille ..... mais pas au grain !

Hier soir, j'ai eu la chance de pouvoir aller au théâtre gratos. Un copain que je ne citerai pas ici mais que beaucoup d'entre vous reconnaîtrons bosse à la comédie Bastille et nous offre 4 places.
 Rassurez-vous : pas une pièce qui dure des heures où l' on s'endort presque confortablement, les genoux cognant contre la banquette de devant  en velours défoncée. Je ne m'attendais à rien si ce n'est le titre : Pendant ce temps Simone veille.
 Je me dis chouette, on va parler de féminisme, de philo, des hommes, de la vie quoi ! Et bien je dois vous dire que je n'ai pas été déçu du voyage. Enfin si ! Enfin je m'explique.
Imaginez un scénario plutôt bien ficelé. 3 destins de femmes à quatre époques différentes. 
Les années 50 puis 70 puis 90 et enfin 2010. Chacune des actrices va jouer sur un axe diachronique une figure maternelle de sa propre lignée de l' arrière grand-mère à la jeune femme indépendante ( ou pas ) de nos jours. Une jeune mère des années 50, une des années 70 ( mère et fille donc ) et ainsi de suite sur 4 générations.
Commençons par le positif car il y en a tout de même eu un peu. J'ai beaucoup aimé ce lien transgénérationnel. Qu'auraient pensé nos grand-mères de notre divorce , notre IVG, notre pouvoir de séduction ? Quelle est la différence entre se faire refaire les seins et choisir une nouvelle robe pour plaire à son mari ? Sauf que cette dernière phrase vient de moi et ce n' est pas du tout le parti pris de la pièce. " ( citation où j'exagère à peine : Oulala tu ne vas pas te refaire faire les seins tu dois assumer tes petits seins et apprendre à te mettre en valeur pour séduire !!!)  Mais je vais encore continuer sur quelques lignes sur le côté + . Un quatrième personnage, en mode speakerine intemporelle va permettre de faire de petites apparitions historiques : 
- le droit de vote pour les femmes
-la dépénalisation de l'IVG
-le droit de divorcer avec consentement mutuel, de porter un pantalon ( 2008 ! aux chiottes Napoléon). J'avoue j'ai la flemme de regarder les dates sur wikipedia.

Mais quand même j'ai été choquée de voir qu'une jeune scénariste prolifère encore l'amalgame = PORTER UN VOILE = SOUMMISSION . 
On peut être féministe et musulmane. on peut vivre dans une cité et ne pas se faire violer dans une cave. Comme le rappelle je ne sais plus laquelle une étude de L' INSEE, 95 % des viols que subissent les femmes sont menés par des hommes  connus de leur entourage toutes classes sociales confondues ( Oh mari es-tu là ? ).
 Et le must du pompom étaient les mini-comédies musicales sur le " TCHADOR t'es mon amour mon trésor" . Là j'avoue j' ai failli quitter la pièce. Pas un mot sur #meetoo ni sur des solutions concrètes pour militer au quotidien . Car oui c'est bien cela le problème dans cette pièce : de gros clichés qui font rire tout le monde. La femme moderne assume son côté putain ( putophobie en veux-tu en voilà à gogo mais sans les danseuses ) et cherche un homme qui descende les poubelles et bande comme un taureau.
Bref, une pièce limite qui manque  de profondeur et de réflexion à mon sens. 
Contrairement à ce qui est revendiqué une femme peut être libre ET porter le voile, comme de se faire refaire les seins. Libère toi des diktats du patriarcat ( ça oui ! ),aimons-nous les unes les autres  mais aucune mixité religieuse ou ethnique n'est représentée sans parler de la grossophobie omniprésente. Elles sont toutes les 3 blanches, il y en a une qui est homo en 2010 ( whaouuuu l' évolution ! ) et elles sont toutes carriéristes. Il y a une dernière chose qui m' énerve dans ce féministe superficiel et donc qui se veut consensuel. 
Une femme épanouie est une femme seule avec ou sans enfant avec un bon amant. Mais bordel. Que fait-on des ces couples trans, bi, libertins, homo, hétéro et tous ceux qui ont envie d'avoir des gamins? Moi je les respecte et je leur tire mon chapeau car je n'ai pas eu encore ce courage. On peut être féministe et vouloir ne pas travailler et/ ou vouloir  faire des tartes au pommes avec ses enfants sans pour autant être une femme au foyer soumise et sans volonté
Et j' ai compris hier soir que s'il y a bien un mot qui ne fait pas consensus c'est bien celui de féminisme. Et comme je suis nulle en citation je reprends juste l'idée de notre" burqua de chair" de Nancy Huston, cette burqua que  la femme européenne que je représente porte malgré elle pour survivre dans cette société de wonderwoman indépendante. NH   tend grâce à cette expression  à contrebalancer cet islamophobie ambiant qui vient pourrir nos sociétés depuis déjà des lustres

Et comme je ne veux pas que vous dépensiez un centime pour aller voir cette pièce je vous propose d'aller emprunter deux ouvrages à la bibli ( pas amazon(e) s'il vous plaît mouhahahah ).

Un roman de Michael Cunningham qui conte  24 heures dans la vie de 3 femmes aux destins, chronologies et lieux de vie différents. Le fil directeur est 'Mrs Dalloway', le roman phare de Virginia Woolf, et ses vingt-quatre heures dans la vie d'une femme. On suit donc les trajectoires de ces trois femmes en parallèle sous une plume toute woolfienne : C'est à New York, en cette fin de XXè siècle puis à Londres, en 1923 pour terminer à Los Angeles, en 1949. Clarissa est éditrice, Virginia écrivain et Laura, mère au foyer. Les dernières pages révèleront ce qui les unit.

Pour ceux que le sujet titille je recommande l'excellent ouvrage un peu délicat à lire mais qui dépoussière les idées reçues mieux que Monsieur propre à la javel : je nomme l'excellentissime
Féminismes et islamiques de Zahra Ali

Bonne reprise à tous !  et Bonzaï

lundi 29 janvier 2018

En janvier, lis en jeunesse ce qu'il te plaît.

Je ne sais pas vous mais en Janvier je commence toujours des nouvelles lectures. En ce moment j'ai mis ( un peu ) de côté les polars pour regarder des plus près certains titres jeunesse. Je ne peux pas chroniquer tous les titres lus que  mais j'en ai sélectionnés trois qui m'ont particulièrement marquée, déboussolée et parfois même prise au dépourvue (sans la brise il fait trop froid).

Le premier titre Le soleil est pour toi m' a atterri dans les mains par hasard. J'ai l'habitude de lire ce que mes piou-pious ne vont pas lire spontanément. Et là tout était réuni : petits caractères, 500 pages en format poche et une couverture abstraite. La preuve: 
Au début de l'ouvrage, on plonge dans le quotidien de Noah et Jude jumeaux californiens de 13 ans. Très proches mais très différents à la fois : Noa est solitaire, adore communiquer avec les cailloux et semble attirer par le nouveau voisin. Jude, elle, est une explosion de joie et de bonheur. Populaire, belle et intelligente, tout lui semble facile. Mais la vie ne reste pas longtemps un long fleuve tranquille. Au fur et à mesure des chapitres polyphoniques, Les rôles semblent s'inverser. Et c'est la tragédie familiale qui semble en être le vecteur. Beaucoup de thèmes sont abordés : la découverte de la sexualité, les choix de vie, le droit d'aimer, le deuil, l'art. Bref difficile d'en dire plus sans spoiler si ce n' est que Jandy Nelson nous transporte dans un univers quotidien bourré de sensibilité et d'émotion. A mettre dans toutes les mains des "grands" qui penseraient que l'enfance est synonyme d'insouciance. Vous essuierez sûrement une petite larme.....

Dans un style plus fantaisiste, le nouveau roman de Marie Pavlenko : Je suis ton soleil. Un volume épais qui se lit en .... deux heures sans s'endormir ! La couverture coquillette m'a beaucoup intriguée.
Déborah a 17 ans. Elle ressemble à nos ados, à nos élèves, à nos enfants. Elle a tout de même une particularité c'est qu' elle se réfugie dans les livres. Aussi quand son père quitte le foyer familial pour refaire sa vie, ce sont les misérables d' Hugo qui lui tiennent compagnie. Elle se retrouve, seule, confrontée à la tristesse de sa mère. Et c'est là que toute la subtilité de Pavlenko se fait ressentir. Au delà d'une bonne dose d'humour et d'autodérision ( sans pour autant tomber dans le cliché des ados boutonneux mal dans leur peaux ! ), Déborah pose aux lecteurs des questions déroutantes. Quelle est la place d'une ado de 17 ans. Consoler sa mère ? Sortir sans culpabiliser ? En vouloir à un père absent qui essaie de se rattraper ? Comment être concentrée en classe lorsqu'une multitude de questions fourmillent dans votre esprit ? Peut-on s'autoriser un premier amour quand tout va mal à la maison ? Vous comprendrez aux dernières pages du titre pourquoi " Je suis ton soleil" est un hymne à la vie. Il est beaucoup plus difficile d'accepter ses faiblesses que de faire l'autruche et de continuer à vivre toute sa vie dans des névroses sclérosantes ! 

Allez un petit dernier qui commence à symboliser ENFIN la diversité des genres en littérature de jeunesse. Un petit bijou tant littéraire que sociétale.
Reagan a un lourd secret à porter. Son frère Liam chéri, beau comme un apollon et populaire à en faire baver le chef de l'équipe de baseball ne rêve que d'une chose : devenir une femme. Cette question délicate de la transsexualité et de la transition chez les adolescents est ici abordée sans tabou ni détour. 
Il était temps que les auteurs de jeunesse aborde enfin la question du genre. Liam est en réalité Luna et on assiste avec tendresse mais aussi douleur à ses premiers essayages de sous-vêtements, moquée par les vendeuses qui se rendent compte que cet excentrique ressemble davantage à un homme. 
Un gros big up à la figure paternelle. Il est totalement paumé. Il veut aller à la salle de muscu avec son fils, partager des "moments" entre hommes. Il se plante lamentablement alors qu'il est persuadé que son fils refuse ce genre d'activités  car il est homosexuel. Ce roman poignant est un vrai OVLNI : objet volant littéraire non identifié. Il permet de mieux comprendre cette réalité quasiment tabou de l' acceptation de soi qui vient bâcher les diktats de la société et les attendus parentaux. 

3 romans coup de poing, pas gnan-gnan, pas clichés, un peu bruts de décoffrage et ultra humains dans ses plus belles contradictions. 






dimanche 21 janvier 2018

Bulles et Papilles

Quoi de mieux que la découverte de deux mangas d'exception pour se mettre en appétit et plonger tel un bon ramen bouillant dans les délices japonais ? Il est vrai que notre voyage au pays du soleil levant cet été n'y a pas été pour rien dans ces deux choix de mangas.


17/19  volumes parus. Dispos dans toutes les biblis
 Le chef de Nobunaga est un manga qui mélange les genres.  Tout d'abord, une  bonne dose d'ingrédients historiques pour éveiller les papilles. Nous atterrissons directement  sous le régime féodal d' Oda Nobunaga au XVIième siècle. Ce guerrier (et donc samouraï) fut le premier des trois unificateurs du Japon. Il va goûter par hasard lors d'une escale dans une izayaki ( petite auberge à la bonne franquette japonaise ) à la cuisine de Ken. Ce dernier souffre d'amnésie, il ne sait plus qui il est d'où il vient mais dès qu'il a des poireaux, du miso et des champignons entre les doigts, il devient un cuistot hors paire. C'est à partir de ce moment là que l'intrigue débute véritablement. Sous peine de voir sa tête coupée ( et sûrement servie aux chiens royaux), Ken est obligé de quitter son Izayaki où il menait une petite vie tranquille pour s'installer au palais royal afin de devenir le cuisiner officiel de Nobunaga. Et toute la finesse du scénario est là. Nobunaga va se servir de la virtuosité de Ken et de son ingéniosité pour ravir ses visiteurs et ses adversaires. Comment la cuisine, la sélection  méticuleuse d'ingrédients et les préparations innovantes vont pouvoir servir le palais ( elle est bonne celle-ci ) ? C'est ce que vous découvrirez en avalant ce manga original qui a un succès fou au Japon. la saison 2 est en cours ! 


La cantine de minuit est un manga plus contemporain
plus urbain. Comme son titre l'indique, les tranches de vies qui nous sont présentées se dé-roulent telles des algues nori dans une douce atmosphère feutrée de la cantine de minuit dans le quartier de Shinjuku. Cette gargote n'a pas de nom mais les habitués s'y retrouvent de minuit jusqu'aux premières lueurs de l'aube. Une seule règle habite le lieu : le client commande mais c'est le cuisiner et propriétaire des lieux qui choisit le plat selon les ingrédients disponibles. 
Chaque plat est associé à un souvenir, un personnage, une situation, un choix. Une petite madeleine de Proust à chaque chapitre. Ce manga est construit comme une mini-série. Chaque petit chapitre présente des habitants du quartier, des gens de la vraie vie qui viennent trouver un peu de réconfort avec " le curry de la veille", des beignets de crevette au miso et quelques godets de Saké. Zola se serait volontiers installer au comptoir pour nous conter ces idylles improbables, ces amitiés impossibles et ces amours ravageurs. Loin des clichés d'une population lisse et homogène, la cantine de minuit accueille les confidences des flics, yakuzas, veuf/ves éploré(e)s, retraité(e)s alcooliques et même transsexuel(le)s et strip-teasers
A dévorer de toute urgence.

vendredi 13 octobre 2017

La différence invisible ou une jolie fleur dans une peau de ....

Cette brève chronique signe bien le retour de la plume clavier endiablée de RougeGeorgette (mais pour le clavecin on reviendra). En pleine psychose pause, j'ai envie de dévorer la vie à pleine dent, avec des bouquins et des ballons de rouge dans lequel les tanins grumeleux râpent la langue. Pas très originale me direz-vous ? En effet ! Fichtre. Amateurs de chroniques littéraires chiadées qui traquent le web underground pas peur d'être taxés de bobos de merde, passez votre chemin (d'ailleurs on est tous le bobo de quelqu'un non ?) !  Je décide de vous parler ce soir d'un lecture totalement découverte par hasard grâce au défi babélio que j'organise dans mon collège avec mes pious-pious. Il s'agit de la différence invisble, aux éditions Delcourt/mirages. Les textes sont de Julie Dachez et mis en bulles par Mademoiselle Caroline.

Résultat de recherche d'images pour "la différence invisible" Malgré la publicité faîte autour de cette bd sur le syndrome Aspeger, qui tient son nom du psychiatre autrichien qui a réussi à isoler les caractéristiques de 4 garçons étiquetés à cette époque (1944)  "psychopathes autistiques"; j' ai découvert avec bonheur et simplicité cet ouvrage. Il est à la fois très complet, subtil avec plusieurs niveaux de lectures.
 Nous suivons les aventures de Marguerite, jeune cadre dans une entreprise mais qui préfère ses chats aux cancans de la cantine et de ses collègues. Mademoiselle Caroline joue d'un trait enfantin pour dessiner avec précision et netteté l'environnement urbain et cacophonique de notre jolie fleur. Hypersensible et émotive notre Marguerite,  Brassens se retournerait dans sa tombe car Marguerite est sans filtre : elle refuse les invitations de ses collègues pour boire un café, pense tout haut ce qu'on penserait tout bas (ce pull a vraiment une couleur à chier #caca doigt), est incapable d' avoir accès au sens  caché d'une expression idiomatique " Il pleut comme vache qui pisse". Des petites touches de couleurs hypersensibles libèrent l'expression des personnages secondaires, bourrés de préjugés et de bonnes morales bien mal pensées. La meilleure "Mais tu vas guérir, il y a des médicaments" ou alors (paroles de généralistes) : "mais enfin tu me réponds en me regardant dans les yeux tu ne peux pas être autiste !". Et non ce n'est pas une maladie c'est un développement neuroatypique. Pas de scènes violentes ni choquantes mais des émotions intenses et sincères. Le petit bonus de la prof doc : un petit mémo en fin d'ouvrage sur le syndrome, à déguster avant de tomber dans la marmite de cette délicieuse lecture. Cela permet de découvrir les notes humoristiques de la narratrice qu'elle a disséminées aux 4 coins des cases. Une petite note finale philosophique sur le normal et le pathologique. Plonger dans un univers qui nous est étranger fait peur. On octroie à celles et ceux qui sont différents de nous des " troubles " des "maladies". Mais pour fonctionner, la société a eu besoin de créer ces catégories en espérant les maintenir sans jamais les intégrer, voir pire, sans jamais les comprendre. Big Up à tout ces gens formidables dont les témoignages participent à la qualité de l'ouvrage. La vie est belle. 
Georgette la douceur.




lundi 25 juillet 2016

En juillet, lis ce qu'il te plaît

Bonjour à tous, 
Comme pas mal d'entre vous me l'ont demandé, voici un petit billet sur les lectures ( lues et approuvées ) que j' avais emmenées lors de notre séjour en Albanie. 
Rassurez-vous, je ne dévore pas autant hors vacances scolaires mais vu que nous étions coupé du monde et du wifi, cela m'a permis de sérieusement attaquer ma Pile à lire.


  • Pour débuter, j' ai vraiment littéralement fondu pour cette trilogie éditée chez mon chouchou Acte Sud,séries noires . Il s'agit de l'oeuvre d' Eric Axel Sund : Les visages de Victoria Bergman.

Cela faisait un moment que le tome 1 me faisait de l’œil. La plume m' a aussitôt séduite. Deux auteurs masculins qui mettent en scène deux personnages féminins complexes et envoûtants.
Jeannette Kilhberg, inspecteure en chef mène l'enquête sur la découverte d'un jeune garçon au corps momifié. Elle sera aidée par la psychothérapeute Sofia Zetterlund qui a déjà beaucoup à faire pour suivre deux patients atteints de troubles de la personnalité multiples : Samuel Bey un réfugié de guerre en Sierra Léone et Victoria Bergmann, jeune femme ayant subit de multiples sévices sexuels depuis son enfance. 
Résultat de recherche d'images pour "persona les visages de victoria bergman"Les deux femmes vont unir leur intelligence pour explorer ensemble les méandres du psychisme humain. La toile qui se tisse peu à peu entre tous les personnages s'opacifie et se complexifie sans jamais perdre pour autant le lecteur. La chute du premier tome m'a réellement scotchée. Impossible de prévoir la suite de l'intrigue. Palpitant et tout en finesse avec une bonne dose de féminisme. Chapeau messieurs.  A vous les petits veinards qui n'avaient pas encore commencé, vous allez vous régaler ! 
Ce duo d' acteur m' a fait penser à la plume de Peter May, très fort lui aussi pour dessiner des personnalités originales et ambiguës à ses personnages. Quel ne fut pas mon plaisir que de découvrir que l'un  était ingénieur du son et l'autre musicien de post punk ! 



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  • Ma deuxième claque fut le court roman d' Edouard Louis éditions aux éditions du Seuil : En finir avec Eddy Bellegueule. Ce roman m' a été conseillé par mes anciens collègues de Lettres en me disant : Georgette on en a acheté 25 pour nos classes de troisièmes. Tu dois le lire. Bon je n'étais pas franchement convaincue vu le tapage médiatique qu'on en a fait mais je dois bien avouer que j'ai été bluffée.  Eddy Bellegueule s'appelle vraiment Eddy Bellegueule. Il va nous conter sous une forme autobiographique son enfance en Picardie. Eddy est différent : il est maniéré, n'aime pas jouer au foot et préfère de loin se déguiser en petite fille que de s'imaginer les embrasser. Il grandit entouré de ses parents et de sa  fratrie dans une région rurale de Picardie. La dureté de ce qu'il subit quotidiennement est décrite avec une telle  justesse et  précision  que le lecteur (  quel que soit son âge et son milieu social )  se sent concerné. Un scénario de Ken Loach à la française. En plus des crachats et des insultes homophobes dont il est la perpétuelle victime , Eddy nous dresse un portrait familial digne des Thénardiers. Un père alcoolique au chômage, une mère sans aucun filtre social ni once de jugeote, une sœur qui ne pense qu' à le caser avec un bon partie ! Eddy a bien du mal à trouver un sens à sa vie. La faim, le froid, l'insalubrité, le RSA, autant de facteurs qui viennent encourager l'espoir de notre héros du quotidien. Espoir de s'échapper de cette famille au sein de laquelle il faut se taire en mangeant, où la télévision est allumée dans chaque pièce, où réussir à l'école ne remplira pas le godet de pastis (sans eau ni glaçon cela va sans dire!). Une fresque sociale fracassante où chacun pourra retrouver des éléments de sa propre enfance, de son adolescence, de la découverte de son corps et des sexualités mais aussi du sentiment de honte qui peut très certainement nous avoir effleuré concernant le comportement de nos aînés.

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  • Ma troisième découverte est un bouquin conseillé par vous devinez qui. Il s' agit d'un livre récemment réédité, tombé aux oubliettes et remis sur le devant de la scène littéraire engagée. Il s'agit du Gaffeur de Jean Malaquais. Le gaffeur c'est monsieur tout le monde, vous et moi. Dans une société imaginaire, mais pas tant que ça, à la Orwell, M tout le monde ne réussit plus à introduire la clé dans la serrure de la porte d'entrée de son appartement. Perte de logement ? Perte d'identité ? Comment survivre lorsque l'on perd tout ? une fiancée qui disparaît, une augmentation qui vous fait perdre votre travail ?  Dans l'univers de Malaquais, c'est l'ensemble de la politique au sens noble d 'organisation de la cité qui est remise en cause. Ce roman est un OLNI : objet littéraire non identifié. Riche de Lewis Carroll, Kafka, et bien sûr Georges Orwell, le Gaffeur bouleverse par sa modernité. La délation est le mal de toutes les nations, mêmes dans une uchronie. Un auteur à découvrir. En plus, petite subtilité, les pages sont imprimées en vert ! Coïncidence ? je ne crois pas ! 



    Damnés par Palahniuk
  • Le délicieux Chuck Palahniuck nous plonge dans un univers subversif totalement déjanté comme à son habitude avec son petit roman : Damné Madison, 13 ans est morte. Elle nous raconte comment elle se retrouve en Enfers. Entre mythologies et critique de nos modes de consommation, Chuck est vraiment doué pour mettre le doigt sur nos angoisses les plus élémentaires : le deuil, la perte d'autonomie, la mort, la vieillesse. Tout est à la fois très léger et très sombre. J' ai particulièrement apprécié la description des parents de Madi, hippies multi-milliardaires, mangeant des muffins à la farine de quinoa, se trimbalant nus sous la climatisation, bourrés de coke avant de faire un discours humanitaire. Et cet enfer ! quel bonheur : imaginez un peu. Madi, accompagnée de ces acolytes (morts et anonymes ), va devoir se faire une place en enfer. Elle va découvrir à ses dépens le lac de sperme oublié et les montagnes d'ongles coupés. Heureusement Mady va trouver un travail en Enfer. Un qui dépeint bien le monde dans lequel on vit. Je vous laisse découvrir lequel. 










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  • Un petit dernier pour la route : Les jolies choses de Despentes. Un roman truculent, acide, noir, et terriblement enivrant. Vivi comme à son habitude nous dresse des portraits en perdition. Une vision intègre et sans jugement. Deux sœurs jumelles que tout oppose vont se retrouver le temps d'un concert foireux à Paname. Leurs existences s' en trouveront à jamais bouleversées non pas pour le meilleur mais bien pour le pire ! 











  • Cette fois c'est vraiment fini avec ces  deux petits flop , deux déceptions en matière de polar. 
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